Un Français de 23 ans se réclamant d'Al-Qaïda et fortement soupçonné d'être le tueur au scooter était cerné mercredi dans un quartier résidentiel de Toulouse par le Raid et d'autres services de police enquêtant sur la série d'assassinats qui ont choqué la France.
Selon le ministre de l'Intérieur, Claude Guéant, Mohammed Merah, 23 ans, un Français d'origine algérienne, toujours retranché dans un petit immeuble du quartier de la Côte Pavée, a dit à un policier son intention de se rendre dans l'après-midi.
De source proche de l'enquête, cet homme aurait participé au jihad (la "guerre sainte" islamique) dans les zones troublées de la frontière pakistano-afghane.
Vers 10H00, l'opération était toujours en cours dans ce quartier résidentiel où ont sporadiquement résonné des coups de feu jusqu'à l'aube, puis une détonation correspondant selon la police à la neutralisation du véhicule du suspect.
Des échanges verbaux soutenus sont en cours, à l'initative du suspect, avec la police qui essaie de le convaincre de se rendre, a dit M. Guéant. Mais celui qui est suspecté d'avoir froidement assassiné trois enfants juifs, un rabbin et trois parachutistes, depuis le 11 mars, a cessé de tirer et serait "hors d'état de nuire", a dit le ministre. "Notre souci c'est bien sûr de l'interpeller vivant. Il y va du bon fonctionnement de la justice. C'est un impératif pour nous", a dit M. Guéant à BFMTV.
Le suspect a néanmoins manifesté sa détermination, quand les policiers sont venus l'interpeller vers 3H10, en tirant à travers la porte et blessant l'un d'entre eux au genou. Un autre policier a été légèrement blessé au cours de cette opération minutieusement préparée par une réunion qui s'est prolongée tard dans la nuit.
"Il revendique être un moudjahidine (un combattant de Dieu), appartenir à Al-Qaïda et avoir voulu venger les enfants palestiniens autant qu'avoir voulu s'en prendre à l'armée française compte tenu de ses interventions à l'extérieur", a dit M. Guéant à la presse sur place.
"Cette personne a effectué des séjours en Afghanistan et Pakistan dans le passé, c'est quelqu'un qui a des attaches avec des personnes qui se réclament du salafisme et du jihadisme", a dit M. Guéant.
Il avait été arrêté à Kandahar, en Afghanistan, pour des faits de droit commun, selon une source proche de l'enquête.
Le suspect visé par le RAID "fait partie de ces gens de retour de zones de combat qui ont toujours été une inquiétude pour les services", a indiqué une source proche de l'enquête.
Les services de renseignement occidentaux estimaient récemment à quelques dizaines ces jeunes jihadistes de retour des zones troublées à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan, dont quelques-uns en France où les dernières attaques islamistes remontent à la vague d'attentats à la bombe de 1995.
"Il était dans le collimateur de la DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur), comme d'autres, depuis les deux premiers attentats. La police judiciaire a alors apporté un élément très précieux qui a boosté l'enquête", a indiqué une source proche de l'enquête.
S'il était confirmé que l'individu est bien l'homme le plus recherché de France, serait dissipée la menace continuant de peser après une série de sept assassinats de sang-froid ayant choqué la France et Israël, suscité les condamnations internationales et mis la campagne présidentielle entre parenthèses.
Tous les services de police judiciaire étaient mobilisés depuis quelques jours dans une gigantesque chasse à l'homme, dont la sanglante équipée a atteint le comble de l'horreur lundi: après l'assassinat de trois parachutistes à Toulouse et Montauban les 11 et 15 mars, le tueur au scooter s'est attaqué cejour-là à l'école Ozar Hatorah de Toulouse, tuant un rabbin, Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux fils Gabriel et Arieh, 4 et 5 ans, et la petite Myriam Monsonego, 7 ans, fille du directeur de l'école.
L'opération en cours à Toulouse se déroulait alors que devaient être célébrées les obsèques militaires des parachutistes à Montauban mercredi après-midi, en présence du président Nicolas Sarkozy et de cinq autres candidats à la présidentielle, et que se déroulaient dans un grand cimetière de Jérusalem les funérailles des quatre victimes juives.
Au nom d'une communauté juive traumatisée, le président du Consistoire central israélite Joël Mergui, qui a accompagné le retour des dépouilles en Israël, s'est déclaré "soulagé", mais aussi "inquiet", "parce que nous nous demandons si d'autres personnes en France sont capables de commettre de tels meurtres", a-t-il dit.
Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a mis en garde, lui, contre le risque d'un "amalgame entre la religion musulmane à 99% pacifique, citoyenne, responsable, non violente et tout à fait intégrée dans notre pays et ces mini-petites franges de gens décidés à faire un mal atroce".
Dans la Ville rose, qui vivait depuis lundi dans la peur, placée, une première fois en France, sous le régime du plus haut niveau du plan Vigipirate, le maire socialiste, Pierre Cohen, a exprimé le "soulagement" de tous les Toulousains.
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