Walf Grand Place : Comment êtes vous devenu homosexuel ?
O.Nd : A bas âge, mes parents étaient divorcés. Mes fréres et moi vivions avec notre belle-mère. Une méchante femme qui nous torturait souvent, sous le regard impuissant de papa qui craignait de s’attirer ses foudres. A la maison, ses enfants étaient traités comme des rois. A la moindre bêtise, elle nous tapait. Mon père ne suivait que ses ordres. Je la déteste tellement… J’étais recroquevillé sur moi-même. Pour me venger, je jouais toujours avec mes sœurs et d’autres filles du coin. Mon père me l’interdisait et me traitait de pédé. J’ai commencé à fréquenter les garçons. Eux aussi me surnommaient « Tapette ». Un jour, l’un d’entre eux, âgé de 15 ans, m’a proposé de coucher avec lui. Je devais avoir 9 berges. Lorsque j’ai refusé, il m’a menacé et m’a forcé. Par la suite, on faisait régulièrement l’amour en cachette. J’étais obligé de céder par peur de me voir martyriser. Toutefois, a force d’entretenir des relations sexuelles avec un homme, j’ai fini par y prendre plaisir.
Comment votre famille a-t-elle découvert vos tendances ?
C’est le jour où mon père nous a surpris en train de faire l’amour chez nous, je garde encore les cicatrices de la torture qu’il m’avait fait subir. Il était tellement choqué. Par contre mon père n’a jamais dit ce qui nous opposait. Il expliquait aux gens que j’étais devenu voleur. Quelque temps après que ma famille a découvert mes tendances, il a eu une attaque cardiaque et il est décédé. Je sais que c’est à cause de moi. Et j’en suis attristé.C’est à cause de vos déviances sexuelles que votre père est mort ?
Oui ! Et je le regrette beaucoup. J’ai su son décès bien après mon exil en France. De manière fortuite, ma sœur me l’a appris. Cela m’a fait mal. Mais aussi, je dénonce le fait que ma famille m’ai condamné comme ça en attentant à ma vie sans pour autant essayer de me comprendre. Si je suis homo aujourd’hui, mes parents en ont une grande part de responsabilité. Je souffre vraiment en silence face à mon destin que j’aurais voulu voir autrement. Dans la vie, on fait parfois des choix et les gens devraient respecter le choix de chacun. Je sais que la religion ne l’accepte pas, j’assume quand même mon choix et j’aspire à vivre ma vie comme tout le monde. J’ai grandi avec mes penchants homos. Je n’ai pu me libérer de l’attirance que j’éprouve pour les hommes. Je craignais d’être démasqué par mon entourage. J’étais devenu bisexuel. J’avais une copine avec qui je m’amourachais. Cependant, ma déception a été tellement grande le jour ou je l’ai surpris avec mon frère en pleine partie de jambe en l’air. C’était en 2007. J’étais tellement dégouté que j’avais juré de ne plus aimer une fille et de changer carrément d’orientation sexuelle et d’être gay. Et depuis lors, j’ai mis une croix sur les femmes. Je ne veux pas me marier, ni avoir des enfants.Depuis quand avez-vous commencé à fréquenter des gay ?
J’étais réceptionniste dans un grand hôtel sis aux Almadies. Comme c’est un milieu exposé, j’y ai fait la connaissance d’un homo du nom d’Eric. C’était en décembre 2008. Quand il m’a dragué, j’étais un peu réticent. Par la suite, je me suis dit, c’est peut-être l’occasion d’entre en contacte avec un gay. Lorsqu’il a commencé à me voir, j’avais franchement peur. Un moment, j’avais supprimé son numéro. Quand on a repris contact, il me parlait de la manière dont les homos faisaient l’amour. Non sans me promettre de m’aider financièrement. Après réflexion, j’ai saisi l’opportunité. J’ai commencé à le fréquenter. Il m’a expliqué comment il était devenu pédé tout en rassurant des conséquences. J’avoue que nous avons vécu de bons moments. On a vécu en concubinage pendant 6 mois.Votre famille n’a-t-elle pas tenté de vous en dissuader ?
Elle n’était au courant de rien. Jusqu'à jour ou son ex copain a décidé de nous mener la vie difficile. Moussa ne tolérait pas de voir Eric aimer un autre. On avait souvent des heurts. Il faisait des scènes de jalousie. Pour se venger, il nous a photographié en intimité et l’a envoyé à mes parents. Lesquels n’ont jamais soupçonné que leur fils était gay. A part papa, personne ne savait.Comment a-t-elle réagi ?
Négativement. C’était en 2000. Ma mère a failli mourir. Mes fréres ont menacé de me tuer. Ma maman m’a fait appeler. A mon arrivée, elle a voulu me verser de l’acide. Je me suis enfui. Mon frère a tenté de m’empoigner avec son couteau. J’ai failli y laisser ma vie. Comme la nouvelle avait vite fait le tour du quartier, tout le monde est accouru. Par miracle, j’ai réussi à me sauver de la maison. Ils se sont tous mis à ma poursuite pour me lyncher. Je me suis échappé grâce à un taximan à qui j’ai payé 10mille Franc pour me sortir de Guédiawaye. Le premier qui j’avais arrêté avait refusé de me conduire vu la foule qui me suivait.Où est-ce que Eric vous a conduit après ?
Après ma fuite, je suis parti retrouver Eric. Je lui ai fait savoir qu’il était temps que je quitte le Sénégal. Parce que ma vie était en danger. Il m’a proposé de me louer une chambre à Yoff. Par la suite, il a contacté un de ses amis en France qui m’a envoyé ses documents avec lesquels j’ai voyagé en Septembre 2010. Eric avait acheté le passeport d’emprunt à 400 mille francs sans compter le billet d’avion.A vous entendre parler, Eric vous a conquis grâce à son pouvoir d’achat ?
Il m’offrait souvent de l’argent et lors de mon anniversaire en 2009, Eric m’avait remis 300 mille francs, des habits, une montre, etc …Avez-vous repris contact avec votre famille ?
Depuis que je suis entré en France, je n’ai pas eu de contact avec ma famille. Cependant, j’ai pu, par l’intermédiaire d’une connaissance, entrer en contact avec ma sœur. On était si proche, mais elle m’a renié. Pourtant, elle semblait me comprendre au début. Bien qu’elle ait très mal. Je sais qu’elle garde des choses dans son cœur. Elle n’arrive pas à me pardonner. Pour le reste de ma famille, elle ne veut plus entendre parler de moi. Moi, non plus.Est -ce que vous militez dans des associations de gays à Lille ?
En France, j’ai un copain gay comme moi, et c’est le parfait amour. Des célébrités gays, je n’en connais pas. Je ne veux pas trop m’afficher, car beaucoup de Sénégalais vivent à Lille et je ne veux pas qu’ils savent que je suis homo. De même, mon copain et moi fréquentons une boite ou l’on rencontre d’autres homosexuels avec qui nous échangeons nos expériences. Dans ce milieu, il est facile de draguer ou de se faire draguer par un pédé. Je précise que je n’utilise aucune drogue ou alcool.Pourquoi avez-vous tenu à vous ouvrir à Walf Grand Place ?
J’ai eu un avis d’expulsion depuis mai 2011. Mon copain avec qui je vis n’est pas trop riche. Même s’il me soutient financièrement. Je ne demande rien aux Sénégalais, je veux juste que les autorités françaises m’accordent l’asile pour que je puisse vivre ma vie et ma sexualité sans craindre d’être menacé ou torturé. De grâce qu’on me laisse vivre en France parce que si jamais je retourne au Sénégal, je risque d’être tué. Je suis encore sans papiers, mais j’ai fait une demande d’asile au niveau de la préfecture du nord. Et, elle a été rejetée par la préfecture et de l’Office français de protection des refugiés et apatrides (Ofpra). J’ai ensuite introduit un recours à la Cour Nationale du droit d’asile. Mon avis d’expulsion est sorti, je ne suis plus en sécurité. Si la police me voit, elle va me rapatrier. Et je suis conscient que si je remets les pieds au Sénégal, c’est ma mort.Est-ce que vous ne pensez pas quitter un jour le cercle des homosexuels ?
Je n’ai pas changé, je reste homo et je m’assume maintenant. Encore une fois, je ne souhaite plus sortir avec une femme, ni avoir des enfants. Je veux profiter de ma vie et de ma jeunesse. Je n’ai que 26 ans . Cependant, je ne souhaite pas me marier avec mon copain gay.
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