Ici, je tiendrai désormais un journal, mon journal, mais un journal d'une réalité virtuelle. Aujourd'hui dimanche. Comme à l'accoutumée, ma journée fut terne, assombrie par des idées noirs-obscures. Un sentiment de dégoût envers la vie, envers l'existence me serre la gorge. Un sentiment de liberté affligée par la douleur de n'être rien, me noie dans une mer de désespoir. Je sentis sortir en moi, je ne sais depuis quelle partie de mon corps, un sentiment de singularité d'être moi, de n'être pas l'autre, de n'être qu'un simple élément parmi plusieurs être vivants, sur cette terre. Et en suite, subitement, tel un cri de nouveau-né, je me rends compte d'une chose essentielle: j'ai toujours été malheureux en amour, je ne fus jamais aimé tel que j'aurais souhaité, tel que j'aurais aimé. Il m'arrive parfois à me dire que l'amour n'existerait peut-être pas, mais tantôt, lorsque je vois certaines personnes heureuses en couple, de chaudes larmes me brûlent les paupières. Une douleur semblable à une sorte de coup de poing au niveau des reins, me terrasse, me glace la chair. Tel un poète, à l'automne, perdu dans sa douce contemplation de la Nature qui se meurt à petit feu, je me retourne, je regarde mon passé, je m'aperçois que j'ai réussi beaucoup de choses, que j'excellais dans mes études, mais que je fus un prince sans principauté, un dieu sans déesse, un poète sans muse. Est-ce ma vision pessimiste de la vie, de la société qui me conduit à une telle situation ? Ou est-ce qu'il fut écrit quelque part, dans une grande Encyclopédie que je resterai ce solitaire à qui tout réussit, à part l'amour ? Et pourtant, j'ai aimé, j'aime encore. Ne sais-je pas aimer ? Pourquoi les grandes Portes de l'Amour restent éternellement fermée aux autres ? Ai-je raté le train de l'amour ? Ce train que tout le monde aurait pris, à mon absence. Tout me fait mal, tout me pèse. L'air que je respire m'oppresse et me compresse les poumons, l'existence m'afflige. Quelque chose d'absurde me menace. Aujourd'hui, j'ai senti l'extrême inutilité de ma vie, malgré de très bonnes études que j'ai faites. Oui, sachez-le, être heureux dans la vie, ce n'est pas simplement réussir "socialement", la réussite affective est un vecteur incontournable dans une vie d'humaine, elle occuperait plus de la moitié d'une vie. Mais comme le dirait l'autre: Il faut cesser de vivre pour réapprendre à revivre. Même pour cela, j'en suis incapable. Une incapacité sentimentale.
Archive 2006 Journal d'un Solitaire, d'un romantico-mélancolique
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