La nervosité de l'armée peut se comprendre. Le récit de Bissonnette, en passe de devenir best-seller numéro un outre-Atlantique avant même son apparition en librairie, avec 400.000 exemplaires déjà commandés, vient contredire la version officielle des faits publiée par la Maison-Blanche l'an passé. Oussama Ben Laden n'aurait ainsi pas été abattu tandis qu'il se jetait au sol pour empoigner une arme, mais de façon plus banale, en passant la tête par la porte de sa chambre à coucher.Un Navy Seal grimpant l'escalier, suivi de Bissonnette lui-même, lui aurait aussitôt tiré deux balles dans la tête, avant que d'autres membres du commando ne criblent de projectiles son corps agité de spasmes. «Il n'avait même pas préparé sa défense, écrit Owen, alias Bissonnette. Il n'avait pas l'intention de se battre. Il demandait à ses disciples depuis des lustres de porter des vestes suicides ou de précipiter des avions contre des bâtiments, mais il n'a même pas saisi une arme.»La Maison-Blanche embarrasséeCes incohérences jettent une lumière embarrassante sur les tactiques employées lors de raids de nuit américains contre des islamistes, bien qu'elles ne constituent pas à proprement parler une réelle surprise. Malgré les ordres exprès, maintes fois rabâchés, de capturer Ben Laden «mort ou vif», les réflexes des hommes du Navy Seal Team Six auraient repris le dessus, ne laissant aucune chance au célèbre patron d'al-Qaida de s'en tirer vivant.Dans son intention louable de conter ce qui s'est réellement passé cette nuit-là, Matt Bissonnette ne répond cependant pas à la seule question qui vaille: l'administration Obama avait-elle intérêt à voir disparaître Ben Laden, s'épargnant un procès à haute tension et une poussée d'américanophobie dans le monde arabe?Qu'il ait été bêtement abattu, sans pouvoir se défendre les armes à la main comme dans tout bon western américain, ne vient finalement pas changer grand-chose au sort ultime de l'ex-ennemi public numéro un. Tout au plus le livre de Bissonnette recouvre-t-il d'un voile pourpre d'embarras l'administration Obama, coupable d'avoir voulu réécrire le scénario d'un script jugé un brin trop fade pour le chef de l'État, en pleine campagne de réélection présidentielle.
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