Un avion-radar américain (AWACS) a été détruit vendredi dernier par un missile iranien à la base militaire américaine de Prince Sultan, en Arabie saoudite. Au-delà de son prix (700 millions de dollars US), c'est surtout l'aspect stratégique qui suscite la satisfaction des uns et les interrogations des autres. Comme le souligne le média français TF1, « c'est un symbole de la puissance militaire américaine qui a été éventré sur le tarmac ».
Cette prouesse iranienne vient confirmer ce que l'on savait déjà de la capacité militaire de Téhéran. Cependant, cette réussite constitue plutôt une très mauvaise nouvelle pour les pays du Golfe et, surtout, un moment de doute et d'incertitude quant à leur sécurité dans la sous-région. Avec le mythe de la superpuissance américaine, des pays comme l'Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït, Bahreïn… se sont toujours placés sous la tutelle sécuritaire de Washington.
Les nombreuses bases militaires, américaines en particulier et occidentales en général, étaient censées constituer un parapluie indéfectible et donc un bouclier efficace pour les pays du Golfe. Il a fallu cette guerre en Iran pour que ce mythe s'effrite, à l'image de l'autre mythe israélien : le supposé infranchissable Dôme de fer.
Avec cet avion explosé au milieu de l'une des bases américaines les plus importantes de la région, ce sont surtout les monarchies pétrolières qui se retrouvent à nu sur le plan sécuritaire. On savait déjà l'Iran capable de toucher des sites stratégiques (aéroports, fonderies d'aluminium, raffineries, champs pétroliers…) chez ses voisins. Des bases militaires sur ces territoires ont plusieurs fois été ciblées. Mais la destruction d'un avion stratégique sur un site censé non seulement être protégé, mais aussi assurer la protection du pays d'implantation donne un cachet particulier aux failles militaires de la première puissance mondiale.
Cette frappe pourrait être un tournant décisif dans les relations entre les États-Unis et les pays du Golfe. Ces derniers se rendent compte, jour après jour, que l'assurance sécuritaire à laquelle ils ont souscrit auprès de Washington relève plus de l'illusion que de la réalité de terrain. L'Iran vient d'envoyer un missile sur cette belle photographie imaginaire d'une Amérique capable d'assurer la sécurité des pays alliés de la région.
Les concernés en étaient d'ailleurs conscients avant ce nouveau coup dur. « Les États du Golfe, qui ont travaillé en étroite coordination et en parallèle pour garantir leur sécurité, ont besoin de réévaluer, après la guerre, ce que suppose réellement un cadre commun de sécurité régionale », déclarait il y a quelques jours le porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar, Majed al-Ansari, qui constatait « l'effondrement du système de sécurité » actuel des pays du Golfe. Ce qui sonne plutôt comme une remise en cause de la sécurité sous tutelle américaine.
Par ailleurs, les pays du Golfe sont visés par l'Iran depuis le début de la guerre. Ils n'ont toujours pas riposté. Pourtant, ils ont dépensé des milliards de dollars en achats d'armes américaines pour se défendre. Ils ont sans doute compris que si leur tuteur, qui dispose de moyens plus sophistiqués et d'une meilleure organisation, peine à s'en sortir, eux ne feront pas le poids face à l'Iran. Leur intervention n'apporterait presque aucune plus-value à la coalition Israël/États-Unis.
Dans ce contexte, il est fort probable qu'à la fin de la guerre, les États du Golfe revoient leur stratégie de défense face à l'incapacité de Washington à les défendre. Ce sera sans doute le début de la fin de l'hégémonie occidentale dans cette région.
Commentaires (9)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.