Le grand quotidien new-yorkais réagit à l'abandon des poursuites au pénal contre Dominique Strauss-Kahn. Cette fois, la parole de l'accusé l'a emporté sur celle de la plaignante, mais cela ne doit pas dissuader le bureau du procureur de traiter avec soin tous les dossiers pour viols qui lui seront soumis à l'avenir.
Longtemps après l'abandon, prononcé le 23 août, des charges contre Dominique Strauss-Kahn, le public discutera encore des faits et de la manière dont le procureur de Manhattan, Cyrus Vance Jr., a traité de cette affaire hautement médiatisée. A l'évidence, M. Vance a eu raison de porter à la connaissance des avocats de M. Strauss-Kahn et du tribunal, en juillet, les troublantes incohérences relevées dans le récit de la plaignante, Nafissatou Diallo ; il a aussi eu raison, cette semaine, d'abandonner les poursuites. D'aucuns craignent, à juste titre, que cette décision décourage à l'avenir les victimes de viol de s'exprimer. Les femmes qui ont subi une agression sexuelle redoutent, avec raison, d'être attaquées une seconde fois devant le tribunal. Pourtant, celles qui ont des antécédents problématiques doivent quand même avoir la certitude qu'elles peuvent demander, et obtenir, que justice soit faite. Nous ne saurons jamais ce qui s'est réellement passé dans cette chambre d'hôtel.
Dans le texte de vingt-cinq pages présentant leurs recommandations [rendu public le 22 août], les deux adjoints du procureur ont énuméré les incohérences contenues dans les trois versions contradictoires livrées par Mme Diallo sur ce qui s'était produit durant et après son agression présumée dans un hôtel de Manhattan. Ils se sont dits également gênés par sa "tendance à mentir" sur son passé, faisant notamment référence à son histoire racontée de manière convaincante, quoique inventée de toutes pièces, sur un viol en réunion commis par des soldats dans son pays natal, la Guinée. Ils ont également rapporté une conversation enregistrée durant laquelle, selon les magistrats, elle évoquait la possibilité de gagner de l'argent grâce à cette affaire - accusation contestée par l'avocat de la jeune femme.
Si les résultats de l'analyse d'ADN montrent que l'ancien directeur du FMI "a eu un rapport sexuel précipité" avec la plaignante, les preuves manquaient pour établir l'usage de la force ou l'absence de consentement, poursuivent les auteurs du document. Le dossier reposait tout entier sur le témoignage de Mme Diallo. L'avocat ainsi que d'autres personnes ont estimé que l'affaire aurait dû être portée devant un jury. Mais, d'un point de vue juridique et éthique, M. Vance se devait de renoncer aux poursuites une fois que les procureurs adjoints avaient conclu [dans leur rapport] que, puisqu'ils ne pouvaient plus "croire en sa version des événements au-delà du doute raisonnable, quelle que soit la vérité sur la rencontre", ils "ne [pouvaient] demander à un jury de le faire".
Les affaires de viol se résument souvent à une situation de "parole contre parole", dans laquelle les avocats de la défense s'en prennent parfois à la vie, passée et présente, de la victime. C'est pourquoi il est aussi important que M. Vance et d'autres responsables rassurent l'opinion sur le fait que les services du procureur traiteront avec sérieux les plaintes pour agression sexuelle, et qu'ils engageront avec détermination des poursuites pour les dossiers crédibles.
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