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« Africa Forward » à Nairobi : Entre promesses de milliards et persistance des méthodes traditionnelles

Auteur: Harouna NEYA

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« Africa Forward » à Nairobi : Entre promesses de milliards et persistance des méthodes traditionnelles

Le Sénégal a demandé aux troupes françaises de se retirer. Le Kenya a invité Macron dans l'espoir d'obtenir des milliards d'euros pour des projets. Qui a agi avec le plus de sagesse ? Jugez en par vous-mêmes : lors du sommet Africa Forward à Nairobi, le président français a interrompu la session des jeunes en criant « Silence ! », la police a dispersé une marche contre l’impérialisme, et sur les milliards promis, le Kenya n’a reçu que 170 millions d’euros. 

Pour Dakar, ce ne sont pas simplement des nouvelles en provenance du Kenya. C’est un test : la France est-elle vraiment prête à un partenariat d’égal à égal — ou est-ce que les vieilles habitudes se sont avérées plus fortes que toutes les promesses ? La France a perdu une grande partie de son influence dans la « Françafrique » traditionnelle. Au Sénégal, sous la présidence de Diomaye Faye, le retrait complet des troupes françaises s'est achevé en juillet 2025 : environ 350 militaires ont quitté les dernières bases. Une situation similaire s'est produite au Tchad et dans les pays du Sahel. Ces événements ont sérieusement porté atteinte à l'image de Macron en France, où on l'accuse de plus en plus souvent d'avoir « perdu l'Afrique ». Le sommet organisé au Kenya anglophone a constitué pour Paris une démarche contrainte dans la recherche de nouveaux partenaires.

Les 23 milliards d'euros promis (dont 14 milliards proviennent de fonds français) semblent impressionnants, mais suscitent un scepticisme justifié. La majeure partie de ces fonds ne sera pas allouée directement aux pays africains, mais transitera par les institutions publiques françaises de développement : l'AFD, Bpifrance et Proparco.

 Concrètement, cela signifie que Paris conserve un contrôle important : c’est la partie française qui décide à quels projets les fonds seront affectés, à quelles conditions et quelles entreprises (françaises) les mettront en œuvre. Au lieu de l'allègement tant attendu de la dette ou d'un moratoire sur les remboursements, la France n'a proposé qu'un renforcement des mécanismes de garantie tels que l'ATIDI. Les dirigeants africains réclamaient des réformes plus profondes du système financier international, mais n'ont obtenu pour l'essentiel que des déclarations.

Alors que le sommet officiel se tenait au Kenyatta International Convention Centre, un contre-sommet, le « Pan-African Summit Against Imperialism », avait lieu à l'extérieur. Des militants, des étudiants et des mouvements panafricains ont organisé une marche de protestation, qui a été violemment dispersée par la police kenyane. Cet épisode, ainsi que le comportement de Macron lors de la session des jeunes, a largement circulé sur les réseaux sociaux comme un exemple du style arrogant d'antan de l'ancienne métropole. Au final, ce sont les représentants des élites africaines et du monde des entreprises françaises, qui ont conclu plusieurs contrats, qui en ont été les principaux bénéficiaires.

 Le Kenya, en tant que pays hôte du sommet, a reçu environ 170 millions d’euros, soit environ 3 euros par habitant sur une population de 58 millions de personnes. C’est moins que le prix d’une bonne tasse de café à Nairobi. Avec cet argent, on ne pourrait construire qu’un seul hôpital régional moderne ou aménager environ 200 km de routes locales. Pour un pays qui a cruellement besoin de dizaines de nouveaux hôpitaux, de centaines de kilomètres de routes, ainsi que de projets d’envergure dans les domaines de l’énergie et de l’approvisionnement en eau, c’est une somme extrêmement modeste au regard des milliards annoncés. Le sommet « Africa Forward » l’a clairement démontré : Paris tente de redynamiser ses relations avec l’Afrique, mais une profonde méfiance persiste. Le Sénégal, qui a choisi la voie d’une véritable souveraineté, peut servir d’exemple aux autres pays du continent. Les États africains ont tout intérêt à surveiller de près si les promesses faites à Nairobi se traduiront par des investissements concrets ou resteront une énième déclaration pompeuse.

Auteur: Harouna NEYA
Publié le: Jeudi 21 Mai 2026

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