Abolition du califat, alphabet latin, laïcité : Mustafa Atatürk, le père de la Turquie moderne honoré par Ousmane Sonko
Ce jeudi 7 août à Ankara, Ousmane Sonko s’est recueilli dans la matinée devant le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la République turque. Arrivé sur place le 6 août pour une visite officielle de cinq jours à l’invitation du président Recep Tayyip Erdoğan, le chef du gouvernement sénégalais a ainsi honoré la mémoire d’un homme d’État dont l’héritage va bien au-delà des frontières turques. C’est dans ce contexte que le parcours de Mustafa Kemal Atatürk, souvent appelé « le père des Turcs », mérite d’être revisité.
Né en mai 1881 à Thessalonique, en Grèce, Mustafa Kemal grandit dans un Empire ottoman en perte de vitesse. Formé dans les écoles militaires, il gravit les échelons grâce à ses qualités de stratège. La campagne des Dardanelles, en 1915, le distingue comme l’un des défenseurs les plus habiles de l’Empire.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les forces alliées imposent leur présence sur les territoires ottomans. De Samsun à Ankara, Mustafa Kemal organise la résistance. La Guerre d’indépendance turque aboutit, le 29 octobre 1923, à la proclamation de la République. Ankara devient capitale. Le général victorieux prend la présidence et engage une transformation sans précédent.
Dès 1922, le sultanat est aboli. Deux ans plus tard, le califat disparaît à son tour. Les institutions religieuses perdent leurs prérogatives. Les tribunaux islamiques sont fermés. Les confréries soufies sont interdites. L’enseignement coranique cède la place à l’école publique. Les codes civils et pénaux s’inspirent de modèles européens.
La centralisation du culte se fait à travers la direction des affaires religieuses ou encore appelé Diyanet, organe placé sous tutelle de l’État. Le calendrier grégorien remplace celui de l’Hégire. L’alphabet latin devient la norme. Les jours fériés s’alignent sur l’Occident. Même l’appel à la prière se décline en turc. Les symboles vestimentaires traditionnels, comme le fez, sont proscrits.
La laïcité est inscrite dans la Constitution. Les « Six flèches » du kémalisme que sont le républicanisme, le nationalisme, le populisme, l’étatisme, le réformisme et la laïcité deviennent la doctrine officielle. L’instruction publique est renforcée. L’alphabétisation progresse et les femmes obtiennent le droit de vote et d’éligibilité en 1934 bien avant de nombreux pays européens. Sur le plan diplomatique, la convention de Montreux, signée en 1936, rend à la Turquie la maîtrise des détroits du Bosphore et des Dardanelles.
Les réformes ne rencontrent pas l’adhésion de tous. En 1925, la révolte de Cheikh Said exprime le rejet des mesures jugées contraires à l’islam. L’incident de Menemen, en 1930, est une illustration de cette période sanglante. Lors de ce soulèvement, un enseignant y est tué et décapité par des islamistes hostiles au nouveau régime.
L’action de Mustafa Kemal envers l’islam alimente un débat qui perdure. Officiellement musulman, il défend une vision où la religion relève de la sphère privée. Plusieurs témoignages le décrivent comme un homme détaché des pratiques rituelles, hostile à l’influence des clercs sur la politique. Une posture floue qui nourrit les accusations d’athéisme à son égard. D’autres, au contraire, affirment qu’il conserva une foi intime, tout en refusant toute confusion entre croyance et gouvernance.
Le 10 novembre 1938, Mustafa Kemal meurt à Istanbul d’une cirrhose du foie. Son corps fut dans un premier temps embaumé et conservé au musée ethnographique d’Ankara le 21 novembre suivant son décès. A la suite d’un concours international organisé par le gouvernement turc, le mausolée d’Ataturk est érigé sur Anittepe, une colline de 906 mètres situé dans la capitale turque, Ankara. Pour la construction de cet édifice, du marbre de toutes les couleurs provenant des qu’âtres coins de la Turquie fût amené ainsi que des travertins. Le Mausolée d’Atatürk a une dimension de 750.000 mètre carrés et est composé de 2 blocs distincts que sont le parc de la paix et le bloc du Mausolée d’Atatürk.
Commentaires (3)
Un an plus tard, Sonko y est allé.
Diomaye est allé en Turquie.
Un an plus tard, Sonko y est allé.
Coïncidence… ou continuité soigneusement orchestrée ?
@Mehmet : brillant, chapeau / démonstration pédagogique et instructive.
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