Hissène Habré salue à la sortie de son interrogatoire préliminaire à son procès, à Dakar, le 3 juin 2015. AFP PHOTO / SEYLLOU
Le procès de l’ancien président tchadien Hissène Habré a repris devant les chambres africaines extraordinaires lundi 7 septembre après 45 jours d’interruption à Dakar. Le rendez-vous est historique : c’est la première fois qu’un ancien chef d’État d’Afrique francophone est jugé en Afrique pour les crimes commis pendant qu’il était au pouvoir. Le témoignage de l’homme politique tchadien Gali Ngothé Gatta est de ce point de vue particulièrement important. Gali Ngothé Gatta a été conseiller spécial d’Habré avant d’être arrêté dans l’affaire dite des tracts. Il a vu Habré en action au pouvoir. Et l’a entendu donner des consignes pendant l’un de ses interrogatoires.
RFI : Comment êtes-vous devenu un collaborateur d’Hissène Habré ?
Gali Ngothé Gatta : Je suis devenu conseiller d’Hissène Habré à la faveur des accords de Libreville avec le FDT, le Front démocratique du Tchad dirigé par le général Negue Djogo. Certains sont rentrés au gouvernement, d’autres ont été nommés comme directeurs généraux dans les ministères, moi j’ai été nommé conseiller spécial d’Hissène Habré. C’est à cette période-là que j’ai commencé à connaître l’homme, le dirigeant, de très près.
Habré a un côté que les gens ne connaissent peut-être pas, c’est un monsieur qui faisait de l’administration la base de son pouvoir. Et donc il avait une grande admiration pour les intellectuels, les gens qui avaient fait des études, bref pour ceux qu’on appelle « les gens éduqués ». On était plusieurs dans le cabinet à être des universitaires et il faisait confiance à notre production intellectuelle, à notre compétence technique. Sur le plan administratif, il sollicitait souvent mes avis sur un certain nombre de questions.
Les premiers signes d’une dégradation de ces rapports ont commencé à apparaître notamment quand il a commencé à instituer ce qu’on a appelé « l’effort de guerre ». L’effort de guerre, à l’époque, était un impôt obligatoire sur toutes les activités salariales, d’entreprise, en faveur de l’armée, en faveur de la guerre. Un jour, quand il m’a appelé pour demander mon avis sur cette question, j’ai répondu en toute franchise, en disant que « c’était une connerie », parce que ça créait des difficultés à certaines entreprises qui étaient obligées de désinvestir pour satisfaire aux contraintes de l’effort de guerre, et qui finalement mettaient la clé sous le paillasson. Je crois qu’il est allé très vite à écouter le son de ceux qui pensaient que je n’étais pas un patriote. Cela a commencé par là.
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