Après une année 2010 bien sombre, à tous égards notre annus horribilis, qui aura brimé les grandes espérances de notre nation rêvassière, voici que 2011, déjà, semble dresser le catafalque de l’espoir. Sous le chapiteau morne et encore silencieux de l’an nouveau, le pouls de la nation bat la chamade devant le sentiment collectif d’une déperdition avérée.
Une crise énergétique qui s’éternise, une crise des denrées alimentaires qui empire, une jeunesse qui s’engloutit dans la crevasse toujours béante du chômage et enfin une République dépenaillée qui ne cesse de voir ses dorures s’écailler : Ce sont là les quelques hoquets du mal sénégalais, filé par la quenouille du pouvoir.
Vue de Sirius, la Nation encalminée surnage dans les eaux dormantes du statu quo. Et notre peuple dolent, en transhumance vers un avenir aux contours indistincts et flous, s’affale dans une résignation bien veule propre aux sociétés flageolantes. Mesdames et messieurs, le pays est patraque et l’époque est à la jérémiade. Fichtre !
Et pendant ce temps, du haut de son empyrée présidentiel, Abdoulaye Wade contemple, en pater dolorosa statique, les souffrances atroces du peuple. Face aux cris d’orfraie de plus en plus stridents de notre peuple dolent, lui et son engeance-lige semblent, par ces temps qui courent, bien impuissants. Son conseil des ministres s’est, au fil des ans, mué en un conseil d’esbigne et d’évitement du souci national.
Et ses remaniements tous azimuts, loin de sortir la nation de sa panade actuelle, ne sont que cautère sur la jambe de bois d’une nation ankylosée par l’impéritie de ses dirigeants. Il est vrai qu’une nation dirigée par une poignée de culs-de-jattes coure inexorablement à sa ruine. On pourra d’ailleurs, à ce titre, apprécier cette réflexion constante chez le Général De Gaulle qui disait que : « la médiocrité, à la longue, porte le drame » Pardi !
J’ai, avec attention, suivi le discours du président prononcé au soir du 31 décembre 2010 pour sacrifier au rituel hiératique des vœux de nouvel an. Ce soir là, le burgrave, décrépit par l’âge, m’a paru d’ailleurs moins fringant que d’habitude. Et malgré toute la dextérité des maquilleurs de la RTS qui l’ont savamment ripoliné, la patine des ans était, sur son visage, très visible. Le peuple sénégalais, eu égard à la mélasse dans laquelle la nation s’abandonne et louvoie, s’attendait à un discours empreint de gravité qui tienne compte du mal qui plombe notre pays.
Il en fut, hélas, tout autrement. Ce soir là, devant une nation ébaubie, le président nous servit une wadesque pantalonnade. Un long laïus, soporifique de surcroît, coqueriquant sur ses hauts faits depuis son arrivée au pouvoir : notre président, décidément très infatué, était, ce soir-là, le champion de la rodomontade. Poursuivant sur sa lancée, Wade ira même jusqu’à affirmer que notre nation de crève-la-faim avait atteint l’autosuffisance alimentaire. Une calembredaine de plus, à même de divertir le dernier des gobe-mouches. En ces lendemains de doute mâtiné de crainte pour l’avenir, le peuple eût tant aimé que son président affrontât le reflet fort consternant, à travers le miroir national, de notre pays égrotant.
Qu’il rompît avec son amer ragoût politique qui, depuis si longtemps, mijote dans les mêmes pots. Qu’il se mît au chevet de notre République grabataire et de notre économie alanguie. Hélas, le président ne semble pas entendre la voix du peuple. Et pourtant, c’est ce même peuple qui, en 2000, dans l’attente confuse de l’homme providentiel, l’avait choisi parmi la palanquée de politicards qui briguaient la présidence. Son incroyable sonorité dans le flonflon politicien le distingua de tous les autres marchands d’orviétan politique, prompts à nous emberlificoter avec leur démagogie éhontée. Alors, le peuple, dans sa soif inextinguible de changement, le propulsa au timon de notre navire national, alors encalminé dans la rade socialiste.
Son premier mandat aura, sans contestes, vu crépiter une profusion de réformes. Elles s’installèrent dans l’inconfort de la nouveauté et dans le grincement de dents des pisse-vinaigres. En effet, notre pays était alors en gésine et il était normal que ses douloureuses contractions fissent geindre une partie du peuple. Mais ces réformes auront, par la suite, accouché d’un changement vagissant dans tout le pays. Mais c’est son second mandat, jusque-là catastrophique, qui lui vaut, aujourd’hui, une défaveur persistante de l’opinion. Les sénégalais n’abordent plus le nouveau millénaire dans l’ardeur de bâtisseurs propriétaires de leur destin mais dans la jérémiade quotidienne de locataires d’une maison délabrée.
Aujourd’hui, l’équipe gouvernementale du président n’est, pour l’essentiel, qu’une cour attablée aux agapes du pouvoir. Et ses différents ministres, obnubilés par leur obsédant prurit de lucre, passent le plus clair de leur temps à écornifler l’argent du contribuable. De quoi dessiller les yeux rêveurs de tous les songe-creux de l’alternance. La désillusion populaire aura donc destitué l’aura de Wade, abusivement magnifié en messie surmédiatisé d’un rêve sénégalais recolorié. En plus d’être l’objet d’une exécration hystérique venant d’une bonne partie du peuple, Wade doit, aujourd’hui, faire face à de dangereuses chausse-trapes qui minent son parti. Les guerres de succession et autres querelles picrocholines au sein du PDS ouvrent des lézardes où suinte le venin de la désunion à l’approche d’un pancrace électoral de tous les dangers Le peuple dolent pourrait d’ailleurs y trouver l’occasion rêvée de se débonder.. Entre temps, le parti peut pleurer les défections de plusieurs de ses ténors.
La plus handicapante aura, sans doute, été celle du corsaire Idrissa Seck, ex-premier ministre flamboyant, flambeur puis flambé, dont les rêves et l’indéniable talent se fracassèrent sur les récifs du réel. Celle de Macky, prince de fatick, n’aura, non plus, pas été indolore du tout. Finalement, Adjibou Soumaré aura été le seul premier ministre à supporter, en féal serviteur, les humeurs du roi en étouffant toute fronde accessoire. Aujourd’hui encore, la fronde d’Aminata Tall, estampillée pasionaria du PDS, est vécu comme un séisme qui fait bouger les plaques tectoniques de ce parti. Alors, pour combler le vide laissé par ces différentes factions dissidentes, Wade s’active, ces derniers temps, dans le recrutement massif d’anciens hiérarques et renégats socialistes. L’expédient de l’ersatz politique pourra-t-il empêcher la chute du roi ?
EL HADJI MALICK SALL ELIMANE DONAYE
Président du SOL (Sillon des Opinions Libérales)
milksup@yahoo.fr
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