MESSAGE À LA NATION (Par Serigne MBOUP)
Chers citoyens, chers compatriotes,
Si je prends aujourd’hui la parole, c’est avec un sentiment profond d’inquiétude, de peur et de démotivation. Une inquiétude sincère face à la situation que traverse notre pays.
Je parle avec le cœur, mais aussi avec le sens de la responsabilité.
Mon parcours n’était pas destiné à celui que je vis aujourd’hui. Mon rêve était d’être enseignant en arabe, après ma sortie de Koki, et de poursuivre mes études dans les pays arabo-islamiques. Mais la vie en a décidé autrement. Depuis 1983, sous l’impulsion de mon père, j’ai été plongé dans le monde du travail.
Et par la volonté des Sénégalais, j’ai eu l’honneur d’occuper de hautes responsabilités dans le secteur privé, au niveau régional et national, avant de devenir maire d’une des villes les plus importantes du Sénégal.
Une ville qui incarne notre diversité : toutes les ethnies, toutes les confréries, toutes les religions. Une ville carrefour, une ville économique, une ville symbole.
Je n’ai jamais fait de la politique pour moi-même. Je la fais pour servir, pour construire, pour améliorer le quotidien de nos populations.
Depuis notre installation, nous avons fait face à d’énormes difficultés : blocages, perturbations, obstacles. Mais grâce à Dieu, nous avons tenu bon, et nous avons des résultats à montrer.
À travers mes voyages à travers le monde, j’ai constaté une chose essentielle : le Sénégal est respecté, aimé, et les Sénégalais sont reconnus pour leur courage et leur travail.
Mais aujourd’hui, une réalité nous interpelle.
Au moment où nous découvrons nos ressources en pétrole et en gaz, au moment où l’espoir devrait être à son comble, nos jeunes prennent les pirogues pour fuir. Ils risquent leur vie pour aller travailler dans des usines en Europe, produire des biens que nous pourrions fabriquer ici.
Nos investisseurs quittent le pays pour aller investir ailleurs.
Même nous, Sénégalais, nous sommes dans ce même chemin. Beaucoup sont déjà partis ou y réfléchissent.
Et cela est grave. Très grave.
Nous avions placé beaucoup d’espoir dans le duo qui dirige aujourd’hui notre pays. Mais ce que nous observons de plus en plus, ce sont des tensions, des incompréhensions et des conflits qui, disons-le clairement, deviennent dangereux pour la stabilité de notre nation.
L’histoire nous a enseigné une vérité simple : toute manipulation des règles pour des intérêts personnels finit toujours par se retourner contre ses auteurs.
Aujourd’hui, ce qui me fait le plus peur, c’est la manipulation possible de notre Constitution.
Des deux côtés, chacun cherche à renforcer son pouvoir, exécutif ou législatif.
Le judiciaire attend.
Les créateurs de richesse, eux, sont marginalisés, sous pression, parfois même réduits au silence.
Et pourtant, ce sont eux la véritable société civile. Ce sont eux que nous devons écouter.
La Constitution ne doit pas être un instrument de pouvoir. Elle doit être un pilier de stabilité.
C’est pourquoi je lance un appel clair, direct et sans ambiguïté :
Arrêtons-nous. Maintenant.
Réfléchissons. Ensemble.
Mettons en place des mécanismes forts :
- Aucune disposition constitutionnelle ne doit être modifiée sans une large concertation au préalable
- Le peuple doit être consulté sur toutes les décisions majeures
- Les nouvelles technologies, y compris l’intelligence artificielle, doivent servir à amplifier la voix du peuple
Mais au-delà des institutions, il y a une autre dérive, plus grave encore.
Une dérive morale.
Aujourd’hui, on crée des groupes de pression.
On organise des attaques.
On manipule l’opinion.
Non pas pour construire, mais pour détruire l’autre.
Des activistes s’insultent, se salissent, s’attaquent violemment.
Et le plus grave… beaucoup sont issus de Daaras, de bonnes écoles, censés porter des valeurs d’éthique et de retenue.
Aujourd’hui, ces mêmes personnes participent à la division.
Et lorsque quelqu’un appelle à la paix, à la vérité, à la responsabilité, il est attaqué, isolé, réduit au silence.
Résultat : une peur collective s’installe.
Plus personne ne parle.
Plus personne ne dit la vérité.
Et une nation sans vérité est une nation en danger.
Nos références nous ont pourtant tout appris.
« الجماعة رحمة، والفرقة عذاب »
(L’unité est une miséricorde, la division est un châtiment)
Et Allah nous dit clairement :
« فَإِن تَنَازَعْتُمْ فِي شَيْءٍ فَرُدُّوهُ إِلَى اللَّهِ وَالرَّسُولِ »
(Si vous divergez en quoi que ce soit, ramenez-le à Allah et au Messager)
Nous avons les solutions. Nous avons les références. Mais nous ne les appliquons plus.
Regardons l’exemple du Prophète ﷺ — et tirons-en des leçons politiques concrètes.
À الحديبية (Hudaybiyyah), le Prophète ﷺ a accepté un accord en apparence défavorable.
Ses compagnons eux-mêmes étaient troublés. Certains ne comprenaient pas.
Mais lui voyait plus loin.
Il a choisi la paix au lieu de l’affrontement.
Il a choisi la stratégie au lieu de l’orgueil.
Résultat : cet accord a ouvert une période de stabilité, de dialogue, et a permis une expansion massive de l’islam.
C’est une leçon claire :
faire un compromis pour préserver la nation n’est pas une faiblesse — c’est une vision.
Puis vient فتح مكة (Fath Makkah).
Le Prophète ﷺ revient en position de force.
Il a le pouvoir. Il peut se venger.
Mais que fait-il ?
Il pardonne.
Il dit en substance :
« اذهبوا فأنتم الطلقاء »
(Allez, vous êtes libres)
Résultat : il ne conquiert pas seulement une ville —
il conquiert les cœurs.
Voilà la vraie victoire.
Voilà la vraie politique.
Voilà la vraie sagesse.
Aujourd’hui, nous faisons exactement l’inverse :
quand nous sommes faibles, nous crions.
quand nous avons un peu de pouvoir, nous écrasons.
Ce n’est pas cela la voie.
Regardons aussi le monde d’aujourd’hui.
Entre les États-Unis et l’Iran, il y a un déséquilibre de puissance évident. Pourtant, aucun ne choisit la destruction totale.
Pourquoi ? Parce que chacun sait que le prix serait trop élevé.
Ils choisissent, malgré tout, la voie du dialogue.
Et nous, entre frères, entre compatriotes, nous refusons de nous asseoir ?
C’est inacceptable.
Pendant ce temps, dans nos territoires :
- Les jeunes n’ont pas d’emplois
- Les agriculteurs produisent sans débouchés
- Les vendeurs ambulants survivent
Nous sommes en hivernage, mais aucun débat sérieux sur l’agriculture.
Nous sommes en crise d’emploi, mais aucun plan fort pour la jeunesse.
Et bientôt, les pirogues repartiront.
Si cela arrive, ce sera un échec collectif.
Et je le dis avec gravité :
un pays qui perd sa jeunesse, perd son avenir.
Un pays qui laisse partir ses investisseurs, affaiblit sa souveraineté.
Une nation qui abandonne sa dignité s’expose à une nouvelle forme de domination.
J’en appelle aux dirigeants :
Ne pensez pas à vous.
Pensez au Sénégal.
Asseyez-vous.
Parlez-vous.
Compromettez-vous pour le bien commun.
Le compromis n’est pas une faiblesse.
C’est une preuve de grandeur.
Revenons à nos fondamentaux :
Nos valeurs.
Nos guides religieux.
Nos sages.
Nos savants.
Car c’est ainsi que le Sénégal s’est construit.
Je garde espoir.
Mais cet espoir dépend de vos décisions.
Maintenant.
Que Dieu protège le Sénégal.
Que Dieu guide ses dirigeants.
Et que le Sénégal retrouve le chemin de l’unité, du travail et de la dignité.
Je vous remercie.
Serigne MBOUP
Maire de Kaolack

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