Repenser le système éducatif sénégalais, Mon grain de sel (par Aliou Badara Ndiaye)
« Quand on dépense un florin pour la guerre, on devrait en dépenser cent pour l’éducation, car une ville prospère ne dépend pas seulement de ses richesses et de ses murailles, mais de ces citoyens bien instruits, cultivés et honnêtes. » Martin Luther
« L’éducation des enfants est une condition indispensable à l’épanouissement des hommes » Erasme, le prince des humanistes.
Je propose une réforme fondée sur une réhabilitation de la décentralisation effective du système éducatif. Un partenariat structuré entre l’État et les collectivités territoriales constituerait un levier puissant pour améliorer la gouvernance scolaire et répondre plus efficacement aux besoins des élèves et des établissements.
Les collectivités deviendraient des acteurs majeurs de l’éducation, en appui à l’État dans l’exercice de ses missions. Concrètement :
L’ensemble de ces compétences, transférées progressivement, permettrait de décharger l’État
et de rapprocher la gestion des établissements des réalités locales.
Malgré cette décentralisation, le rôle de l’État demeure essentiel. Si l’Etat conserve la maitrise des orientations politiques, notamment pédagogiques et les moyens afférents (programmes, organisation des enseignements, définition et délivrance des diplômes, recrutement et gestion des personnels, répartition des moyens financiers, contrôle et évaluation) ; les collectivités se voient confier la responsabilité des moyens matériels ou logistiques.
Pour garantir une coordination efficace, il serait nécessaire de créer :
Cette organisation renforcerait la cohérence des politiques éducatives nationales tout en laissant aux collectivités la capacité d’agir localement.
Une telle réforme impliquerait inévitablement une restructuration profonde du budget national et local, notamment par une réallocation significative des ressources vers les collectivités territoriales afin qu’elles puissent assumer pleinement leurs nouvelles missions.
Concernant la formation des enseignants, le développement des compétences professionnelles et l’actualisation des gestes du métier constituent des enjeux majeurs. À ce titre, je propose que tous les enseignants de la maternelle, de l’élémentaire, du collège et du lycée comptant moins de dix ans d’ancienneté bénéficient de trois visites par an. Ces visites ne relèveraient pas d’une évaluation sommative, mais d’une démarche formative et d’accompagnement professionnel. Elles seraient assurées non pas par des inspecteurs, mais par des enseignants expérimentés totalisant au moins vingt-cinq ans de service, désignés d’office (s’ils le souhaitent) comme conseillers pédagogiques. Ces derniers seraient déchargés deux jours par semaine afin de mener à bien cette mission dans les zones qui leur sont attribuées.
Afin de garantir une égalité des chances entre tous les élèves, quels que soient leur milieu social ou leurs ressources familiales, je propose un renforcement du soutien scolaire. Chaque enseignant assurerait 15 heures annuelles d’activités pédagogiques complémentaires (APC), organisées sur le temps du midi ou après la classe du soir. Ce dispositif permettrait d’apporter une aide ciblée et régulière aux élèves, contribuant ainsi à réduire significativement les difficultés scolaires dans l’ensemble des disciplines.
Il apparaît nécessaire de renforcer les politiques publiques en faveur de l’inclusion sociale, notamment dans le domaine de l’éducation, devant un contexte où le thème de la mendicité et des enfants de la rue défraie la une des journaux. Et pourtant, l’éducation pourrait être une arme
fatale contre cette mendicité et ce phénomène des enfants de la rue. En effet, il suffirait que le système éducatif sénégalais inscrive parmi ses priorités stratégiques l’inclusion et l’insertion des enfants en situation de handicap. Ces enfants doivent être pleinement reconnus comme des acteurs à part entière du développement national et non comme une charge sociale.
La mise en place d’une politique d’éducation inclusive constitue également un levier structurant pour l’insertion professionnelle des jeunes. Les titulaires du Brevet de Fin d’Études Moyennes (BEFM) pourraient être recrutés et formés en tant qu’Accompagnants des Élèves en Situation de Handicap (AESH). Déployés dans les classes ordinaires, ces accompagnants apporteraient un soutien pédagogique et social aux élèves autistes et à ceux présentant des besoins éducatifs particuliers. L’inscription de ses enfants en situation de handicap ferait disparaitre drastiquement le phénomène de la mendicité de ces enfants, car on croit souvent, à tort, que leur seul salut se résume à faire la manche dans la rue.
Une telle orientation contribuerait à la fois à l’amélioration de l’équité du système éducatif et au renforcement de l’employabilité des jeunes, tout en consolidant les fondements d’une société plus inclusive et plus juste.
Ndiaye Aliou Badara, Enseignant à Paris.
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