Trump, gendarme du monde (Par Mamoudou Ibra KANE)
Flegme de joueur de golf, tempĂ©rament de gladiateur et physique de bulldozer, Donald Trump, personnalitĂ© paradoxale, allume le feu partout. Avec lui, que lâon soit proche ou loin, tout est inflammable. Le 45e et 47e prĂ©sident des Ătats-Unis dâAmĂ©rique fait feu de tout bois. Ă travers le mouvement MAGA â Make America Great Again (littĂ©ralement « Rendre lâAmĂ©rique Ă nouveau grande ») â, slogan qui lui a valu deux mandats non consĂ©cutifs Ă la Maison Blanche, lâhomme se voulait chantre du retour Ă lâisolationnisme des Ătats-Unis. Opposant, il dĂ©nonçait « les guerres sans fin » de ses prĂ©dĂ©cesseurs. Au pouvoir, il se prĂ©vaut, ou se prĂ©valait, depuis son investiture, dâavoir « mis fin Ă sept guerres » : Inde et Pakistan, IsraĂ«l et Iran (guerre des 12 jours de juin 2025), ArmĂ©nie et AzerbaĂŻdjan, ThaĂŻlande et Cambodge, RDC et Rwanda, Ăthiopie et Ăgypte, Serbie et Kosovo. Il faut relever que les deux derniĂšres guerres nâexistaient pas, ou plus, au moment oĂč le prĂ©sident amĂ©ricain les inscrivait Ă lâactif de son bilan, Ă la tribune des Nations unies, le 23 septembre 2025. Trump faisait tout simplement du Trump. Pour lui, le jeu du gonflage de ses rĂ©sultats en valait la chandelle : il Ă©tait en pleine campagne pour le prix Nobel de la paix, quâil pensait pouvoir arracher au cĂ©lĂšbre et flegmatique jury dâOslo.
NobĂ©lisable, finalement Ă©cartĂ©, le voilĂ qui crĂ©e, paradoxalement, ses « sept guerres », tant Ă lâextĂ©rieur quâĂ lâintĂ©rieur des frontiĂšres de lâAmĂ©rique. Des guerres qui ont pour noms : intervention au Venezuela avec la capture de son prĂ©sident NicolĂĄs Maduro, projet dâannexion du Groenland, frappes aĂ©riennes au Nigeria, guerre commerciale, retrait amĂ©ricain de 66 organisations internationales, dont une trentaine dâentitĂ©s onusiennes (rĂ©gime climatique international notamment), violences contre les migrants et expulsions illĂ©gales, utilisation de lâarmĂ©e contre lâ« ennemi » intĂ©rieur, etc. La derniĂšre en date, sans dâailleurs la certitude quâil sâagisse de lâultime guerre de Trump, est lâopĂ©ration militaire que mĂšne actuellement le couple « Ătats-UnisâIsraĂ«l » contre lâIran. Frapper encore lâIran en ce premier trimestre de 2026 est bien la preuve que la guerre nâĂ©tait pas finie, mĂȘme si, fait nouveau par rapport aux frappes de juin, lâayatollah Ali Khamenei, guide de la rĂ©volution iranienne, a cette fois-ci Ă©tĂ© Ă©liminĂ©.
LâexpĂ©dition punitive israĂ©lo-amĂ©ricaine est choquante Ă plus dâun titre. PremiĂšrement, elle nâa pas le mandat de lâONU et viole donc le droit international. DeuxiĂšmement, consĂ©quence de la premiĂšre observation, elle donne le sentiment dâun rĂšgne du droit du plus fort, Ă©tat de nature poussĂ© Ă lâextrĂȘme avec la dĂ©capitation, au propre comme au figurĂ©, du rĂ©gime de TĂ©hĂ©ran. Donald Trump et Benjamin Netanyahu posent ainsi un prĂ©cĂ©dent dâune gravitĂ© extrĂȘme dans les relations internationales. Pour lâhistoire, lâassassinat du prince hĂ©ritier du trĂŽne dâAutriche, lâarchiduc Franz Ferdinand, avait dĂ©clenchĂ© la PremiĂšre Guerre mondiale. Lâannexion de la Pologne par lâAllemagne dâAdolf Hitler avait Ă©tĂ© la cause immĂ©diate de la Seconde Guerre mondiale. Autres temps, autres mĆurs.
De plus, la volontĂ© de lâIran de se doter de lâarme nuclĂ©aire peut-elle ĂȘtre brandie comme une raison suffisante pour attaquer un pays souverain et tuer ses dirigeants, alors mĂȘme que neuf pays, Ă travers le monde, dĂ©tiennent la fameuse bombe atomique ? Les heureux Ă©lus du nuclĂ©aire sâappellent : Ătats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine, Inde, Pakistan, CorĂ©e du Nord et⊠IsraĂ«l. Comprenne qui pourra.
Entendons-nous clairement : notre propos ne consiste pas Ă dire que le pays des ayatollahs doit forcĂ©ment disposer de la redoutable arme ni Ă cautionner les attaques iraniennes contre certains pays arabes du Golfe. Nous ne saurions ĂȘtre non plus partisans de la prolifĂ©ration nuclĂ©aire et de la course effrĂ©nĂ©e Ă lâarmement. Cependant, une question, doublement lĂ©gitime, se pose : pourquoi les autres et pourquoi pas lâIran ?
La rĂ©ponse se trouve peut-ĂȘtre dans la punchline signĂ©e Emmanuel Macron : « Pour ĂȘtre libre, il faut ĂȘtre craint. Pour ĂȘtre craint, il faut ĂȘtre puissant. Pour ĂȘtre puissant, il faut ĂȘtre plus uni. » Par cette belle mais ĂŽ combien Ă©difiante anaphore, le prĂ©sident français dĂ©clinait, le 2 mars dernier, sa vision de ce que devrait ĂȘtre la doctrine nuclĂ©aire française et europĂ©enne, lors dâun discours Ă la base de lâĂle Longue, Ă Brest. Et vogue la nouvelle course Ă lâarmement ! Bien malin qui peut prĂ©dire quand et comment vont se terminer ces guerres de Donald Trump, qui se prend pour le mĂ©chant gendarme du monde. Le caractĂšre imprĂ©visible du successeur de Barack Obama, puis prĂ©dĂ©cesseur et successeur Ă la fois de Joe Biden, rend potentiellement risquĂ© tout exercice de prĂ©diction. Aux AmĂ©ricains, il avait promis dâĂȘtre le prĂ©sident de la paix. Il est aujourdâhui le prĂ©sident de la guerre.
Bien naĂŻf Ă©galement qui croit que lâoffensive en cours est uniquement motivĂ©e par le dĂ©mantĂšlement de lâarsenal nuclĂ©aire iranien. Dâabord, la guerre est loin dâĂȘtre propre : elle a causĂ©, au sol, plusieurs milliers de morts et de dĂ©placĂ©s iraniens, des victimes civiles en grande majoritĂ©. Une tragĂ©die humaine quâoccultent les dirigeants politiques amĂ©ricains et israĂ©liens et qui est trĂšs peu relayĂ©e par les mĂ©dias internationaux. Ensuite, derriĂšre cette guerre, il y a dâĂ©normes enjeux gĂ©opolitiques. La rĂ©duction Ă sa plus simple expression, voire Ă nĂ©ant, du pouvoir iranien, objectif clairement affichĂ©, signifierait un contrĂŽle total du Moyen-Orient par IsraĂ«l qui, sur ce coup, semble avoir, de la part des Ătats proches et moyen-orientaux, la garantie de leur indiffĂ©rence ou de leur impuissance face au sort du rĂ©gime des mollahs. Enfin, il y a les inĂ©vitables consĂ©quences Ă©conomiques. Point stratĂ©gique, pour ne pas dire nĂ©vralgique, dans la gĂ©opolitique mondiale de lâĂ©nergie, le dĂ©troit dâOrmuz est lâobjet de toutes les attentions. Ă juste raison : câest lĂ que transite prĂšs de 20 % du pĂ©trole consommĂ© au niveau mondial. Une flambĂ©e des prix des produits Ă©nergĂ©tiques et de consommation courante est annoncĂ©e. Elle commence Ă se faire sentir sur le carburant dans certains pays. Au SĂ©nĂ©gal, Ă titre illustratif, la rĂ©cente baisse du prix Ă la pompe et de celui de lâĂ©lectricitĂ© pourrait ĂȘtre remise en cause. Lâenjeu autour du dĂ©troit dâOrmuz renvoie Ă lâimage du serpent qui se mord la queue. Pour Ă©viter un cercle vicieux affectant lâinflation et la croissance amĂ©ricaines, lâadministration Trump met les bouchĂ©es doubles pour sâassurer que la navigation ne sera pas interrompue et met en place des mĂ©canismes dâassurance Ă mĂȘme dâattĂ©nuer le choc en cas de blocus.
« Fureur Ă©pique » est le nom de code de lâopĂ©ration dĂ©clenchĂ©e par le prĂ©sident Trump et son alliĂ© Netanyahu. Elle rappelle les non moins cĂ©lĂšbres opĂ©rations « Bouclier du dĂ©sert » ou « TempĂȘte du dĂ©sert », avec cette diffĂ©rence notable : la premiĂšre guerre du Golfe avait le soutien de lâONU, contrairement Ă la prĂ©sente guerre au Moyen-Orient. Les Ătats-Unis et IsraĂ«l dĂ©roulent leur plan dans un silence assourdissant de la communautĂ© internationale. Avec des intĂ©rĂȘts tantĂŽt communs, tantĂŽt spĂ©cifiques Ă chacun, Donald Trump et Benjamin Netanyahu dictent le tempo de la planĂšte. Terre, air, mer et dĂ©sert. Bonjour lâimpĂ©rialisme !
Quâen est-il de lâAfrique ? Il faut lâadmettre, la mort dans lâĂąme. Câest dans ce genre de situations, graves et tragiques pour le droit international, que lâon se rend davantage compte de sa faible puissance dans le concert des nations. La voix du continent nâest pas audible, pour dire le moins. Le contexte incendiaire remet sur la table la lancinante question de lâentrĂ©e du continent au Conseil de sĂ©curitĂ© de lâONU, avec au moins un siĂšge de membre permanent. Ce ne sera pas suffisant pour lui donner tout son poids. NĂ©anmoins, si cela advenait, ce serait un pas franchi. Avec le statu quo, les Africains resteront Ă la marge de la marche du monde et continueront dâen subir les contrecoups.
LâAfrique a pourtant son mot Ă dire et sa pierre Ă apporter. La paix nâest possible que si elle est co-construite.
Mamoudou Ibra KANE
Leader du mouvement Demain Câest Maintenant
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