Compass icon ACTUS D'AILLEURS
Calendar icon
Friday 03 July, 2026
Weather icon
ĂĄ Dakar
Close icon
Se connecter

Le carnaval de Roumio

Auteur: Aliou Ndiaye

image

Quand Abdoulaye Wade, dans la solitude tragique de sa fonction, dĂ©crĂšte, le pays tout entier devait retenir son souffle. Mais l’abus et l’habitude, l’outrance et la redondance usent les ruses et sapent les stratagĂšmes. Les remaniements succĂšdent aux rĂ©amĂ©nagements, les dĂ©parts tĂ©lescopent   les arrivĂ©s. Les gens vont et viennent, viennent et vont. Ce ballet a quelque chose de dangereuse psychosomatique. Notre pays est un corps atteint.  La sensibilitĂ© des organes touchĂ©s affectent le cerveau. Pour reprendre une image chĂšre aux maoĂŻstes, le poisson pourrit par la tĂȘte. Plus  exposĂ©es Ă  la critique, les Ă©lites politiques traditionnelles seront les premiĂšres Ă  coucher  sur le divan .Se  croire plus intelligent que les autres est devenu  un problĂšme de psychiatre. EndĂ©mique et incurable, cette nĂ©vrose n’est pas  une maladie mentale. C’est une maladie des mentalitĂ©s. 
La rĂ©volte des magistrats, les immolations par le feu, Barça ou Barsax, aucune piqure n’a rappelĂ© Ă   ces messieurs les limites objectives de la boite crĂąnienne. Mais la dĂ©pression Ă©conomique, politique et sociale du SĂ©nĂ©gal est Ă  la fois un symptĂŽme, un remĂšde et un vaccin. « La crise, dit Antonio Gramsci, c’est quand le vieux meurt et le nouveau refuse de naitre. »
Abdoulaye Wade devrait ĂȘtre le premier Ă  faire les frais de la premiĂšre rĂ©volution des mentalitĂ©s depuis l’indĂ©pendance. En un demi-siĂšcle, le politicien classique s’est comportĂ© avec les Ă©lecteurs avec une certaine dĂ©sinvolture. C’est le marchĂ© de dupes des promesses Ă©lectorales sans fin et sans lendemains. Mais la vĂ©ritĂ© de l’an 2000, n’est pas celle de 2012. Et les Ă©vĂ©nements  de la semaine derniĂšre le prouvent Ă  suffisance. Le prĂ©sident   de la RĂ©publique a encore  usĂ© de sa prĂ©rogative constitutionnelle de nommer aux emplois civils et militaires. Son remaniement  ministĂ©riel  a Ă©tĂ© accueilli dans l’indiffĂ©rence  gĂ©nĂ©rale. Le  citoyen-Ă©lecteur a pris date  avec l’histoire et le calendrier rĂ©publicain, mais son silence n’est pas acquiescement.  Et le retour de Cheikh Tidiane Sy dans le gouvernement, au poste de ministre de la justice a Ă©tĂ© accueilli  par beaucoup de SĂ©nĂ©galais comme la preuve ultime d’un mĂ©pris. Nos dirigeants nous prennent pour quantitĂ© nĂ©gligeable. Notre rĂ©probation et notre indignation collective n’affectent pas leur comportement et n’orientent pas  leurs dĂ©cisions. On se trouve devant l’exemple type de lĂ© dĂ©mocratie du verbiage et du verrouillage. Dis  ce que tu veux, je fais ce que je veux. Hosni Moubarak a cru tenir l’Egypte en laisse par cette mĂ©thode. La  nouvelle de son incarcĂ©ration est un bon sujet de mĂ©ditation pour tous les attardĂ©s mentaux de la planĂšte.  A l’horloge d’un peuple, une seconde peut faire une dĂ©cennie. Il y a toujours un temps de formation, un moment  d’accĂ©lĂ©ration avant le dĂ©nouement rapide. Les Ă©vĂ©nements  dĂ©clencheurs sont imprĂ©visibles, mais les signes du changement sont visibles. Regardez l’opposition traditionnelle sĂ©nĂ©galaise, elle semble complĂštement dĂ©boussolĂ©e par l’irruption de candidats indĂ©pendants crĂ©dibles dans la bataille pour l prĂ©sidentielle 2012. Cheikh Tidiane Gadio et Ibrahima Fall sont quasiment sur la ligne de dĂ©part au moment oĂč Benno est prise au piĂšge  de ses Ă©gos. Parmi les candidats Ă  la candidature unique de l’opposition significative figurent des losers patentĂ©s. EntourĂ©s pas des laudateurs peu  scrupuleux, ils ratent tous les  jours le train de l’histoire, de leurs propres histoires. Ces  grands malins pensent toujours pouvoir par les mots et la manipulation emporter l’adhĂ©sion populaire. Leur Ă©goĂŻsme  est une cĂ©citĂ©. Il empĂȘche  de voir, au de-lĂ  des nombrils, les changements en cours dans la sociĂ©tĂ© sĂ©nĂ©galaise. Le temps de l’amnĂ©sie collective est rĂ©volu. Le soutien de Ousmane Tanor Dieng Ă  Laurent Gbagbo restera dans les mĂ©moires. Abdoulaye Wade n’est pas le seul problĂšme de notre pays. Son Ăąge et ses actes de tous les jours le placent loin du futur. Son dernier remaniement pose le dĂ©bat sur ses intentions rĂ©elles. Un candidat Ă  la prĂ©sidentielle a forcĂ©ment besoin de fort en thĂšmes comme Bamba Ndiaye et Serigne MbackĂ© Ndiaye. Mais  le conseil  des ministres est devenu le carnaval de Roume. Jamais, les sĂ©nĂ©galais n’ont vu passer autant de masques. En un seul jeudi. 
Auteur: Aliou Ndiaye
Publié le: Lundi 16 Mai 2011

Commentaires (36)

Participer Ă  la Discussion

RÚgles de la communauté
  • Soyez courtois. Pas de messages agressifs ou insultants.
  • Pas de messages inutiles, rĂ©pĂ©titifs ou hors-sujet.
  • Pas d'attaques personnelles. Critiquez les idĂ©es, pas les personnes.
  • Contenu diffamatoire, vulgaire, violent ou sexuel interdit.
  • Pas de publicitĂ© ni de messages entiĂšrement en MAJUSCULES.

💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre tĂ©lĂ©phone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animĂ©. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.

🏆 Top commentateurs de la semaine : Salam Fall (0 👍) Ousmane Ka (0 👍)