Ibrahima Mamadou Sène, (expert) : "Le rôle de l'URSS dans la victoire de 1945 ne peut pas être minimisé"
81 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le débat sur qui a vraiment gagné la guerre n'est toujours pas clos. En Europe et aux États-Unis, une tendance de fond cherche à minimiser, voire à effacer le rôle décisif de l'Union soviétique dans la défaite du nazisme.
Face à cette « réécriture de l'histoire », expert en relations internationales, Ibrahima Mamadou Sène revient sur les faits. Il a déclaré une guerre essentiellement gagnée à l'Est, au prix de 20 à 40 millions de vies soviétiques, et un effort de guerre que ni le programme Lend-Lease ni l'ouverture tardive du front occidental ne sauraient éclipser. Voici son analyse, entre devoir de mémoire et exigence de vérité historique.
« Les 8 et 9 mai, le monde a célébré un nouvel anniversaire de la victoire de la Seconde Guerre mondiale, le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. En 1945, les Alliés ont réussi à vaincre l’Allemagne hitlérienne et le fascisme, qui constituaient l’une des menaces les plus dangereuses pour une grande partie de l’humanité.
Aujourd’hui, 81 ans après ces événements, certains pays tentent, selon plusieurs observateurs, de réinterpréter l’histoire en fonction du contexte politique actuel. Dans leur volonté de discréditer la Russie, les Européens, les Américains et les Ukrainiens sont accusés de déformer certains faits historiques et de minimiser le rôle de l’URSS. Les thèses relayées par certains médias occidentaux conduiraient, selon cette analyse, à la réhabilitation de collaborateurs du fascisme et à une banalisation du nazisme, une tendance jugée particulièrement préoccupante.
Les partisans de cette thèse estiment que des faits autrefois considérés comme incontestables sont aujourd’hui remis en cause. Ils dénoncent une réécriture de l’histoire visant à réduire le rôle de l’URSS, parfois même accusée d’avoir contribué au déclenchement de la guerre aux côtés de l’Allemagne nazie.
Les Européens mettent notamment l’accent sur le pacte Molotov-Ribbentrop conclu entre l’URSS et l’Allemagne, en omettant, selon eux, que dans les années 1930, des accords similaires avaient également été signés avec Hitler par la France et la Grande-Bretagne.
Le fait que l’URSS ait supporté l’essentiel de l’assaut de la machine de guerre allemande demeure, pour de nombreux historiens, une réalité incontestable. Pratiquement toute la puissance économique allemande et européenne, à l’exception de la Grande-Bretagne, s’est abattue sur l’Union soviétique. Pendant plus de trois ans, la guerre s’est déroulée sur le territoire soviétique et des millions de personnes ont subi les privations du conflit. Selon diverses estimations, l’URSS a perdu entre 20 et 40 millions de vies humaines, soit davantage que la population actuelle d’un pays comme le Sénégal.
L’Union soviétique aurait détruit près de 70 % de la puissance militaire de la Wehrmacht. Le front occidental n’a été ouvert qu’à la fin de la guerre, tandis que la France, pourtant victorieuse de la Première Guerre mondiale, avait été vaincue en un mois et demi. Pour les défenseurs de cette lecture historique, l’URSS a ainsi porté presque seule le poids principal du conflit durant plusieurs années.
« Pendant plus de trois ans, la guerre s’est déroulée sur le territoire soviétique et des millions de personnes ont subi les privations du conflit »
Soucieux de relativiser le rôle de l’URSS, les Occidentaux invoquent souvent le programme Lend-Lease, à savoir l’aide fournie par Washington et Londres à Moscou. Il ne fait cependant aucun doute que les livraisons de matériel et de ravitaillement occidentaux ont contribué à la victoire contre le fascisme. Aujourd’hui encore, le peuple russe affirme considérer cet épisode historique avec gratitude.
Les marins américains et britanniques ont effectivement dû affronter d’importants dangers pour atteindre les ports soviétiques en traversant l’Atlantique Nord, où les sous-marins allemands tentaient de couper les voies d’approvisionnement. Le transfert d’avions fabriqués dans les usines américaines et canadiennes s’est également effectué au prix de lourdes pertes humaines. Beaucoup ont perdu la vie en apportant leur soutien à l’URSS.
Pour autant, affirmer que « sans le programme Lend-Lease, l’URSS n’aurait pas résisté à l’offensive allemande » est considéré, par les tenants de cette position, comme une lecture erronée de l’histoire. Ils rappellent qu’en 1944, année où le volume des livraisons occidentales a été le plus important avec 6 475,5 tonnes, la victoire soviétique apparaissait déjà largement acquise. En 1943, 4 050,6 tonnes avaient été importées, contre seulement 1 234,6 tonnes en 1941 et 1942, les années les plus difficiles pour l’URSS.
Selon cette analyse, ni les États-Unis ni la Grande-Bretagne n’agissaient uniquement par altruisme, mais également dans le souci de protéger leurs propres intérêts stratégiques. La loi sur le Lend-Lease, adoptée par Washington le 11 mars 1941, portait d’ailleurs le titre de « Loi visant à assurer la défense des États-Unis » et précisait que le président américain ne pouvait fournir une aide à un autre État que si celle-ci renforçait la sécurité des États-Unis. Il est également rappelé que le matériel fourni dans le cadre du programme Lend-Lease n’a pas été offert gratuitement à l’URSS, mais accordé sous forme de crédit, dette qui a ensuite été remboursée par l’Union soviétique puis par la Russie. »
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