PR Yankhoba Seydi : « Avec 286 mille étudiants, le Sénégal est loin des effectifs nécessaires »
Le Sénégal ne souffre pas d'un trop-plein d'étudiants comme on nous l’a longtemps fait croire. Avec seulement 286 169 étudiants inscrits (dans le public comme dans le privé), notre pays est encore loin des effectifs requis pour propulser une économie émergente. C’est ce qu’a affirmé, ce mercredi 4 février 2026, le directeur de la recherche de l’Université Cheikh Anta Diop, Pr Yankhoba Seydi.
Lors d’une conférence publique à l’UCAD, organisée par la Think Tank Wathi, autour des défis de l’enseignement supérieur, il a souligné que le Sénégal est loin des standards internationaux en matière d’accès à l’enseignement supérieur. « Nous avons très peu de bacheliers. Si on fait la somme des étudiants inscrits dans le privé et ceux du public, on est autour de 286 000 étudiants au Sénégal (soit 1,59% de la population). Cela pose un déficit de lumière pour reprendre la devise de l’Ucad ‘lux mea lex’. Selon la Banque mondiale, pour qu’un pays aspire au développement il faut qu’au moins 2% de sa population soit dans l’enseignement supérieur », souligne-t-il.
En effet, il s’agit d’un ancien indicateur de l’Unesco, souvent cité pour souligner l'importance cruciale de la formation des cadres et de l'innovation. Les standards modernes, par contre, hissent la barre encore plus haut pour la fixer à 50% de la population totale. « Il nous faut atteindre les 360 000 mille étudiants au moins pour répondre aux standards », renseigne Pr Seydi qui constate que même avec un déficit d’étudiants, « nos établissements d’enseignement supérieur (public et privé) peinent à absorber le peu d’étudiants que nous avons ».
Le contraste est encore plus alarmant si on fait le ratio enseignant-étudiant dans l'enseignement supérieur. Celui-ci a atteint un seuil critique car estimé autour de 1 enseignant pour 80 à 112 étudiants en 2023-2025, bien au-delà des normes de l'UNESCO. Avec près de 286 000 étudiants pour environ 2500 enseignants permanents, « le système souffre d'un déséquilibre majeur puisque le taux d’encadrement n’est pas bon », analyse-t-il. Cependant, s’empresse-t-il, de préciser : « nous avons des îlots dans l’enseignement supérieur parce que dans certains établissements la situation répond parfaitement aux standards internationaux ».
Vers une transformation systémique : l’agenda du MESRI
Face à ce goulot d’étranglement parmi tant d’autres qui constituent un obstacle pour un enseignement supérieur de qualité accessible à la majorité des Sénégalais, l’heure n’est plus au colmatage. Le ministère de tutelle (le MESRI) est en train d’élaborer une nouvelle feuille de route à travers l’Agenda de transformation de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation. Celui-ci entend passer d’une « logique de rattrapage à une logique de transformation systémique », confie Dr Nouhou Diaby, conseiller technique du ministre de l’enseignement supérieur.
« Dans les réformes passées, on visait souvent à absorber le nombre d’étudiants, à gérer des crises, à créer de nouvelles universités, et instituts pour désengorger Dakar. Ici, on veut une transformation totale allant de la formation, la recherche, la gouvernance, le financement, l’innovation et l’insertion. On ne vise plus à améliorer ce qui existe. Nous voulons changer de modèle, en donnant plus de place à la recherche. En faire un outil de réponse aux préoccupations liées à la santé, à l’agriculture », déclare-t-il.
Une cause certes noble mais encore faudrait-il pouvoir mobiliser le financement nécessaire pour le développement endogène de la Recherche. Ce qui n’est pas une mince affaire, selon Pr Seydi. En tant que Directeur de la recherche de l’UCAD, tous les appels qui passent par son bureau viennent de l’étranger. Faisant des chercheurs sénégalais de simples « ouvriers de recherche ».
« Nous nous positionnons pour capter ces fonds venant de bailleurs qui sont ailleurs. À l’arrivée, nous sommes appelés à faire des activités pour le compte de gens qui sont ailleurs. À y voir clair, nous sommes des ouvriers de recherche ! Beaucoup de collègues se plaignent de faire des prélèvements et qui envoient à leur équipe de recherche à l’étrangers et il n’y a pas de retour. C’est parce que simplement nous n’avons pas de laboratoires aux standards », argue-t-il.
Il insiste, par conséquent, sur la nécessité « de financer nous-mêmes notre recherche ».
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