SOMBE - La diva Yandé Codou Sène, considérée comme la griotte de l’ancien président Léopold Sédar Senghor, est décédée le 15 juillet 2010. Celle qui fut une figure emblématique de la culture sérère avait quitté ce monde, il y a un an, à l’âge de 78 ans. Sa disparition, 3 mois après celle de son fils Papa Adama Mbaye, décédé lui le 23 mars 2010, laisse sa famille dans la tristesse et les regrets. Son frère Meïssa Ngor Sène se rappelle avec mélancolie de sa sœur.
«Elle a fait ses débuts avec Senghor en 1947, mais il n’y a rien d’étonnant qu’elle soit devenue une diva. Yandé fait partie d’une grande famille de cantatrices de renom, sa mère Amadjiguène était déjà une voix célèbre», dévoile-t-il. Son frère estime aussi que sans sa musique, elle serait éteinte et oubliée de tous. Il affirme que c’est en grande partie grâce à Youssou Ndour si on se souvient encore d’elle, puisqu’il l’a introduite dans la modernité. Selon M. Sène, Youssou Ndour a aussi énormément épaulé la défunte et ses enfants.
Son neveu Papa Diop qui est percussionniste dans l’Orchestre national ressent un grand vide depuis la disparition de sa tante qu’il considérait comme une mère. Cela fait un an qu’elle a quitté ce monde cependant sa peine est pareille qu’au premier jour. «Elle m’emmenait partout, j’étais son conseiller et elle ne mérite qu’un bon témoignage. Je tiens aussi à remercier tous les Sénégalais pour leur soutien, je sais que même ceux qui n’ont pas fait le déplacement pensent à elle en ce jour», a-t-il témoigné.
Son fils cadet, El Hadji Mamadou Mbaye, est aussi nostalgique du temps où sa mère était encore avec eux, car elle s’est beaucoup sacrifiée pour sa famille. Ces en ces mots qu’il traduit sa reconnaissance. «Ces enfants doivent toujours prier pour elle. Nous rendons grâce à Dieu car nous vivons encore des fruits de son travail, le Bsda nous aide énormément pour cela», affirme ce dernier qui est percussionniste dans l’orchestre familial et qui chante les louanges de sa mère qui les a éduqués dans la culture sérère et l’art.
Le village de Sombe tout entier reconnaît sa générosité
Situé à 181 km de Dakar, Sombe est le village où Yandé Codou Sène a passé la majeure partie de sa vie. Pour lui rendre hommage, ses voisins se sont tous mobilisés pour soutenir la famille en ce jour. C’est parce que la célèbre griotte était une cantatrice au grand cœur. Elle chantait autour des évènements qui rythmaient la vie du village. Du baptême au deuil, en passant par les rites de la circoncision et du mariage, Yandé a toujours été présente. Les habitants de Sombe n’auront de cesse de parler de ses bienfaits. Et au-delà de ce village, c’est toute la communauté sérère qui veut lui rendre hommage. En attendant la soirée du 22 juillet organisée en sa mémoire au Théâtre national Daniel Sorano. Une veillée culturelle a été organisée en ce jour anniversaire de son décès par sa famille, avec l’appui de tous les villageois. C’est en musique et en danse et tout ce qui fait la culture sérère qu’ils ont célébré cet anniversaire. Des chanteurs comme Simon Sène ont d’ailleurs fait le déplacement pour lui témoigner leur reconnaissance.
Lat Grand Ndiaye, notable dans le village, ancien coordonnateur des réceptions à la Sonacos, avait 10 ans quand Yandé Codou est venu s’installer dans le village. Son père était responsable dans l’ancien Bps actuel Parti socialiste (Ps) et travaillait souvent avec elle du temps de Senghor. L’homme se targue d’être l’une des personnes qui la connaissaient le mieux. «Elle était ma marraine, ma mère m’avait confié à elle en 1967, avant sa mort. C’était une personne généreuse et ouverte qui aimait beaucoup sa famille et tenait à ses proches. Elle s’est occupée de moi comme si j’étais son propre fils, elle m’a trouvé une femme et pour la remercier, j’ai donné son nom à une de mes filles», révèle le notable.
Sa générosité a fait le tour de Sombe et chaque maison a bénéficié de ses bienfaisances. Khémès Ndiaye, 57 ans, a passé toute sa vie dans le village. Elle nous raconte : «Yandé Codou était très désintéressée, nous ne manquions de rien avec elle. Étant notre griotte, c’était à nous de lui donner de l’argent, néanmoins elle partageait tout ce qu’elle avait avec nous. Quand elle revenait de voyage, nous allions la voir pour qu’elle nous donne notre part». D’après cette femme, la cantatrice considérait que tous les habitants du village faisaient partie de sa famille. Elle dévoile que Yandé était de la génération de sa mère qui était danseuse et l’accompagnait souvent. Khémès estime que si aujourd’hui, après des années de carrière, la chanteuse n’a pas laissé une grande fortune, c’est parce qu’elle a tout sacrifié à sa famille et ses voisins.
Le chanteur Simon Sène qui fait partie des personnes qui auront l’honneur d’animer la soirée autant que les autres a été marqué par la cantatrice. Il atteste qu’il a duré dans la musique, pourtant, elle lui donnait tout le temps des conseils. «Ce sera difficile de trouver une personne comme elle. J’écoutais ses chansons alors que je n’avais pas encore commencé à chanter et par la suite, j’ai repris plusieurs de ces chansons. Elle n’avait pas besoin de prendre des notes, l’inspiration lui venait au gré des circonstances», assure-t-il.
Yandé Codou a été une cantatrice de renom. Ces années dans la musique ne lui ont pas valu une fortune matérielle. Sa richesse, c’est sa famille, sa voix inimitable et la reconnaissance de la communauté sérère et nationale.
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