Liberté de la presse au Sénégal : Avocats et journalistes en front commun pour mieux protéger la presse
« Reporters sans frontières est en train de mettre en œuvre au Sénégal un projet de monitoring de la situation de la liberté de la presse de manière générale. Ce projet comporte plusieurs activités, notamment la mise en place de points focaux qui serviront de moniteurs de la liberté de la presse dans les 14 régions du pays. Le deuxième volet consiste à mettre en place un réseau composé principalement d’avocats capables et disposés à défendre la liberté de la presse et les journalistes confrontés à des problèmes judiciaires », a d’emblée fait savoir, le Directeur du bureau Afrique de l’Ouest de RSF, Sadibou Marong, ce vendredi, lors de la réunion d'échanges entre avocats et journalistes sur la Liberté de la presse au Sénégal. Cette initiative s’inscrit également dans la dynamique de mise en place au Sénégal d’un réseau d’avocats engagés dans la défense de cette liberté.
Création d’un réseau d’avocats pour la défense de la liberté de la presse
« Dans notre analyse, poursuit-il, « nous nous sommes rendu compte qu’il existe une certaine récurrence dans les charges retenues contre les journalistes ». Il a listé des accusations comme l’atteinte à l’autorité de l’État, l’appel à l’insurrection, la diffusion de fausses nouvelles ou encore la diffamation. Pour RSF ces charges laissent une large part de discrétion et d’interprétation. « Sont-elles souvent instrumentalisées contre des journalistes perçus comme critiques du pouvoir ? Sont-elles des faits qui auraient pu être pris en charge par le Conseil pour le respect de l’éthique et de la déontologie (CORED) ? Comment faire pour que les peines privatives de liberté pour les journalistes prennent fin ? Et comment prendre en charge les enjeux éthiques par les autorités de régulation compétentes ? », s’est interrogé RSF. Pour autant, l’organisation souhaite faciliter la prise en charge des journalistes confrontés à des procédures judiciaires. « Lorsqu’un journaliste bénéficie très tôt de l’assistance d’un avocat, cela peut le soulager, mais aussi l’aider à mieux s’orienter, notamment face aux enquêteurs qui peuvent parfois poser des questions pièges », a ajouté Sadibou Marong.
Président de l'Association des jeunes avocats sénégalais (AJAS), Me Mouhamadou Bassirou Baldé a souligné que dans le Code de la presse, à partir de l’article 11 et suivants, il y a des devoirs qui sont imposés aux journalistes. Et malheureusement, aujourd’hui, on voit de plus en plus d’infractions liées à la violation de ces dispositions. « Très souvent, on ne respecte pas les prescriptions prévues par ces articles, et nous nous retrouvons sous l’application de la loi. Parce qu’en réalité, on pourra toujours trouver une interprétation qui permettra de viser d’autres dispositions et d’obliger, dans ce cas-là, les juges d’instruction à vous placer sous mandat de dépôt sur la base des dispositions de l’article 127, de l’article 180 et suivants ».
Me Baldé : « N’attendez pas que le feu brûle pour appeler les avocats »
Me Baldé dira que la formation est importante, mais elle ne suffit pas. « Faites-vous accompagner. N’attendez pas que le feu brûle pour appeler les avocats comme des pompiers », a-t-il lancé à l’endroit des journalistes.
Prenant la parole, le président de la Convention des jeunes reporters du Sénégal (CJRS), Mamadou Diagne a rappelé l’importance de la formation initiale des journalistes. « Dans les écoles de journalisme, on enseigne la déontologie et l’éthique. Malheureusement, tout le monde n’a pas bénéficié de cette formation. Aujourd’hui, le contexte est également marqué par une forte polarisation. Dans l’espace public, on a souvent l’impression que les journalistes doivent se positionner, soit pour, soit contre. Pourtant, le rôle du journaliste est d’exercer son métier avec éthique et responsabilité, et non de s’aligner sur un camp ou un autre », a-t-il reconnu.
L’autre problème, selon lui, concerne l’assistance juridique. « Dans les cas récents impliquant de jeunes journalistes, il a souvent fallu mobiliser en urgence pour trouver un conseil Cette situation est problématique, car l’absence d’un avocat dès les premières heures peut être défavorable au journaliste, surtout lors des interrogatoires ». Puis, il a déploré le non-respect de l’architecture éditoriale de contentieux. « Lorsque des problèmes surviennent, les responsables de rédactions peuvent parfois s’en laver les mains, laissant le journaliste seul face aux conséquences judiciaires ».
Mamadou Diagne, (CJRS) : «la connaissance des bases du droit est essentielle pour l’exercice du métier »
Mamadou Diagne a aussi fustigé le comportement des chroniqueurs sur les plateaux de télévision qui tiennent des propos très critiques, parfois sans véritable cadre professionnel. « Le grand public ne fait pas toujours la différence entre un chroniqueur et un journaliste, et cela peut entraîner des confusions qui nuisent à l’image de la profession », regrette-t-il.
Pour lui, l’enjeu principal reste le renforcement des capacités et la sensibilisation des journalistes. Il est essentiel que les professionnels des médias connaissent leurs droits et leurs obligations. « Ce que la loi leur permet de faire, ce qu’ils doivent éviter, et comment réagir en cas d’interpellation. Par exemple, il est important de savoir à quel moment demander la présence d’un avocat et quelles déclarations faire ou ne pas faire lors d’un interrogatoire. Malheureusement, dans certaines écoles de journalisme, les enseignements juridiques restent insuffisants. Pourtant, la connaissance des bases du droit est essentielle pour l’exercice du métier », dit-il.
Le Syndicat des professionnels de l'information et de la communication du Sénégal (SYNPICS) et le CORED ont également pris part à cette réunion suivie de “ndogou”. Awa FAYE
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