La partie invisible de la dette publique préoccupe de plus en plus les marchés
La dette publique ne se limite pas aux emprunts inscrits dans les lois de finances ou aux obligations émises sur les marchés. Une partie des engagements de l’État reste souvent en dehors des comptes officiels. Garanties accordées à des entreprises publiques, passifs d’établissements parapublics, arriérés de paiement, partenariats public-privé ou dettes d’organismes soutenus par l’État peuvent représenter des montants considérables sans apparaître immédiatement dans les statistiques budgétaires.
Ces engagements sont appelés dettes hors bilan. Ils ne sont pas toujours exigibles immédiatement, mais ils peuvent devenir une charge directe pour les finances publiques si une entreprise publique rencontre des difficultés ou si un projet financé par garantie échoue. C’est cette possibilité qui préoccupe les marchés, car elle rend plus difficile l’évaluation réelle de la situation budgétaire d’un pays.
Dans plusieurs économies africaines, les entreprises publiques jouent un rôle important dans l’énergie, les transports, l’eau ou les infrastructures. Or certaines accumulent des pertes ou des dettes qui finissent par être reprises par l’État. Au Sénégal, les difficultés financières de certaines entreprises publiques dans le secteur énergétique ou des transports ont déjà nécessité des soutiens budgétaires importants ces dernières années. Les arriérés de paiement envers des fournisseurs ou des entreprises privées peuvent aussi créer une dette implicite qui n’apparaît pas immédiatement dans les chiffres officiels.
Les garanties souveraines constituent un autre point de vigilance. Lorsqu’un État garantit un emprunt contracté par une entreprise publique ou par un projet d’infrastructure, il s’engage indirectement à rembourser en cas de défaut. Tant que le projet fonctionne, cette garantie reste théorique. Mais si les revenus attendus ne sont pas au rendez-vous, la charge peut rapidement revenir au budget de l’État.
Les marchés financiers, les bailleurs et les agences de notation surveillent de plus en plus ces passifs cachés. Une dette officielle peut sembler soutenable sur le papier, mais si les engagements hors bilan sont importants, la perception du risque change rapidement. Les investisseurs redoutent souvent qu’une partie de la réalité budgétaire soit sous-estimée, ce qui peut renchérir les coûts d’emprunt.
Les exemples récents dans plusieurs pays africains montrent que ces engagements peuvent rapidement devenir visibles. Au Mozambique, les prêts cachés révélés en 2016 avaient provoqué une crise majeure de confiance et conduit à un défaut de paiement. Au Ghana, la restructuration de la dette a mis en lumière l’importance des dettes accumulées par certaines entreprises publiques, notamment dans le secteur énergétique.
Cette réalité explique pourquoi la qualité de l’information budgétaire devient aussi importante que le niveau officiel de dette. Les marchés ne regardent plus uniquement les déficits et les ratios dette sur PIB. Ils s’intéressent aussi aux risques susceptibles d’apparaître demain dans les comptes publics. Une dette peu visible aujourd’hui peut devenir une charge très concrète quelques années plus tard.
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