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Transactions en devises : Ce que cela dit vraiment de la confiance monétaire

Auteur: Aicha Fall

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Transactions en devises : Ce que cela dit vraiment de la confiance monétaire

Dans les économies disposant d’une monnaie stable, l’usage de devises étrangères dans les transactions locales reste en principe marginal. Pourtant, dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, le recours au dollar ou à l’euro s’observe dans certains secteurs, y compris à l’intérieur de l’espace UEMOA où le franc CFA est arrimé à l’euro.

Cette pratique, souvent qualifiée de dollarisation informelle, ne signifie pas l’abandon de la monnaie locale, mais elle traduit le fait que certains acteurs préfèrent utiliser une devise étrangère pour sécuriser leurs transactions ou leurs avoirs.

À terme, ce phénomène peut réduire la capacité des autorités monétaires à piloter efficacement l’économie.

La dollarisation informelle désigne l’utilisation de monnaies étrangères sans qu’elles aient cours légal dans le pays. Elle apparaît généralement dans les opérations liées au commerce international, dans l’immobilier de haut standing ou dans les secteurs où les contrats sont indexés sur des marchés mondiaux.

Dans l’UEMOA, la stabilité du franc CFA limite en théorie ce type de comportement, mais la pratique montre que certaines transactions importantes continuent d’être libellées en dollars ou en euros, notamment lorsque les montants sont élevés ou lorsque les partenaires sont étrangers.

Le secteur des hydrocarbures fournit un exemple concret. Les contrats liés à l’exploitation du pétrole et du gaz au Sénégal et en Côte d’Ivoire sont généralement libellés en dollars, car les matières premières sont cotées sur les marchés internationaux dans cette monnaie. Les entreprises locales travaillant avec ces projets peuvent être amenées à facturer ou à conserver une partie de leurs recettes en devises afin d’éviter les pertes liées aux conversions. Cette situation reste conforme aux pratiques internationales, mais elle contribue à renforcer la place du dollar dans certaines activités économiques.

L’immobilier constitue un autre cas fréquent. Dans les zones urbaines à forte valeur foncière, notamment à Dakar ou à Abidjan, certaines transactions importantes sont négociées en euros ou en dollars, en particulier lorsqu’elles impliquent des acheteurs étrangers ou des investissements destinés à la diaspora.

Ce recours aux devises permet de fixer les prix dans une monnaie perçue comme plus stable à l’échelle internationale, même si les paiements doivent ensuite être convertis en franc CFA pour être officiellement enregistrés.

Le commerce international favorise également l’usage des devises. Les importateurs doivent souvent payer leurs fournisseurs en dollars ou en euros, ce qui les conduit à conserver des comptes en devises ou à effectuer une partie de leurs opérations hors de la monnaie locale. Lors des périodes de tensions sur les réserves de change dans la région, certains opérateurs économiques ont cherché à sécuriser leurs transactions en conservant directement des devises, afin d’éviter des délais dans l’accès aux paiements internationaux.

Pour les autorités monétaires, l’extension de ces pratiques peut poser un problème de pilotage. La politique monétaire agit sur la liquidité en franc CFA, sur les taux d’intérêt et sur le refinancement bancaire.

Mais lorsque certaines transactions se déplacent vers les devises, une partie de l’activité échappe au circuit sur lequel la banque centrale peut intervenir. Même dans une union monétaire réputée stable, une utilisation croissante de monnaies étrangères peut révéler des contraintes dans le fonctionnement du système financier ou une préférence pour des instruments jugés plus sûrs dans certaines situations.

La dollarisation informelle ne remet pas en cause à court terme la solidité du franc CFA, mais elle constitue un indicateur sensible du comportement des agents économiques. Elle montre que la stabilité monétaire ne dépend pas seulement des règles institutionnelles, mais aussi de la confiance, de l’accès aux devises et de la fluidité des transactions.

Pour les autorités, l’enjeu consiste moins à empêcher l’usage des monnaies étrangères qu’à maintenir des conditions économiques et financières qui rendent la monnaie locale suffisamment crédible pour rester au centre des échanges.

Auteur: Aicha Fall
Publié le: Jeudi 26 Mars 2026

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