Filières agricoles : quand les règles de l’OMC réduisent la marge du Sénégal
Babacar Sembène ne mâche pas ses mots. Selon le Directeur général de l’Agence de régulation des marchés (ARM), la capacité du Sénégal à défendre efficacement ses filières agricoles est fortement limitée par les engagements pris dans le cadre des accords commerciaux internationaux. « Le Sénégal a notifié à l’Organisation mondiale du commerce des tarifs maximums autour de 30 %. Aujourd’hui, près de 97 % de nos lignes tarifaires sont en droits ad valorem. Cela limite fortement notre capacité à utiliser l’outil douanier pour protéger la production locale », explique t-il.
Invité de Seneweb Eco de ce dimanche 1er février 2026, le spécialiste des négociations commerciales internationales insiste sur le déséquilibre structurel de compétitivité entre les producteurs sénégalais et leurs homologues européens, bénéficiant de soutiens massifs. « Un producteur européen peut bénéficier de trois niveaux de subvention : celle de l’Union européenne, celle de son État et parfois celle de sa collectivité locale. Il est donc fortement subventionné. À l’inverse, nos producteurs ont toutes les difficultés à atteindre des niveaux de productivité comparables », souligne le DG de l’ARM.
Une réalité qui explique, d'après lui, la faible compétitivité des produits locaux, même en présence de barrières tarifaires élevées. « Il arrive que, même avec un droit de douane de 100 %, certains produits importés restent plus compétitifs que nos produits locaux », affirme-t-il.
Face à ces contraintes, le Sénégal se retrouve souvent dans l’incapacité de recourir aux instruments classiques de protection commerciale, pourtant prévus en théorie par les accords internationaux. « C’est l’une des faiblesses de nos accords avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les procédures sont longues, les dossiers peuvent durer des années, pendant que les problèmes sur le terrain restent entiers », regrette Babacar Sembène.
Il illustre ses propos par le cas emblématique de la filière avicole. « Pour la volaille, le Sénégal n’a pu agir qu’en invoquant des clauses sanitaires liées à la grippe aviaire. Ce n’est qu’à partir du moment où il y a eu une menace sanitaire que nous avons pu utiliser les accords pour protéger la filière », conclut-il.
Commentaires (1)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter ou TikTok pour l'afficher automatiquement.