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COMMENTAIRE DU JOUR : Excessif !

Auteur: Felix NZALE

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Contraint de quitter son propre pays, la Côte d’Ivoire, pour ses prises de positions politiques, Tiken Jah Fakoly voit son espace africain se rétrécire à la faveur d’un « arrêté d’interdiction d’entrée et de sortir du territoire sénégalais » pris par le ministre de l’Intérieur, Ousmane Ngom. Ainsi, le reggaeman ivoirien est déclaré « personne non grata ». Son « crime » : avoir demandé au président Abdoulaye Wade de « quitter le pouvoir (s’il) aime son pays », et d’avoir fait comprendre au chef de l’Etat sénégalais que « s’il ne voulait pas que son fils Karim soit attrait à la barre de l’Assemblée nationale, il (Abdoulaye Wade) n’avait qu’à le laisser au berceau ». Des propos assimilés à des « déclarations fracassantes, insolentes et discourtoises » par le ministre de l’intérieur. 

Cette décision nous paraît excessive. Car quel que soit le jugement des autorités de notre pays sur les propos de l’artiste, on eut aimé que celles-ci s’en tiennent à une attitude raisonnable quant à l’expression de leur mécontentement. De la même manière que l’opinion publique sénégalaise et africaine a invité naguère Laurent Gbagbo à se calmer suite aux déclarations du président Wade estimant inadmissible qu’un burkinabé soit mieux traité en France qu’en Côte d’Ivoire. Parce que nul n’ignore que certains gouvernements ont toujours tendance à instrumentaliser ce type de situation pour laisser s’exprimer les frustrations populaires au prétexte que certains auraient tenu des propos blessants même si, quant au fond, ces propos sonnent vrais.

L’Union africaine doit se réaliser et les artistes et hommes de culture ont un rôle fondamental à jouer de ce point de vue-là, étant de ceux qui, par leurs critiques des actes posés par les hommes politiques, « protègent » la République et nourrissent quelque part le lien social.

Cependant, le discours doit être construit et domicilié au niveau épistémologique ; toute autre posture ne saurait qu’être idéologique et contre-productive. La responsabilité de l’artiste est ici bien évidemment engagée. Sous ce rapport, ce n’est certainement pas à Tiken Jah Fakoly d’ordonner le départ du pouvoir de Wade. Il appartient aux Sénégalais d’en décider librement, souverainement, selon les mécanismes démocratiques prévus à cet effet. Cela dit, et de façon bien plus essentielle que le propos de Tiken sur Wade et sur son fils, ce sont davantage les messages qu’il faut entendre. Et comprendre. Et auxquels, pour peu qu’on se dise démocrates, il faut répondre par une éthique de l’action politique.

Les propos de Tiken Jah, autant que l’ont été ceux du président Wade sur la politique jugée exclusive de Laurent Gbagbo, sonnent comme un appel à prendre conscience de la nécessité d’une gestion démocratique et transparente de la République et des biens publics. Malheureusement, nos gouvernants, mêmes élus démocratiquement, ont toujours tendance à entendre avec des oreilles d’autocrates.

Auteur: Felix NZALE
Publié le: Vendredi 14 Décembre 2007

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