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Eau, assainissement et hygiène à Kaffrine : défis quotidiens pour la population du Ndoucoumane

Auteur: Mor KA

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Eau, assainissement et hygiène à Kaffrine : défis quotidiens pour la population du Ndoucoumane

Avec un taux d’accès à l’eau potable qui frôle les 96%, la région de Kaffrine pourrait apparaître comme un modèle en milieu rural. Pourtant, derrière cette performance statistique, se cachent des forages vieillissants, des réseaux fuyards, un assainissement quasi inexistant et des défis sanitaires majeurs. Enquête au cœur d’une région où l’eau, l’hygiène et la dignité humaine demeurent des combats quotidiens.

Une région centrale aux fragilités structurelles

Située au centre du Sénégal, la région de Kaffrine, créée en 2008, couvre plus de 11 000 km². Elle est composée de quatre départements : Kaffrine, Birkelane, Koungheul et Malem Hodar. Majoritairement rurale, elle vit essentiellement de l’agriculture, de l’élevage et du maraîchage, des activités directement dépendantes de l’eau et des conditions sanitaires. « Malgré les contraintes d’exploitation, la situation de l’accès à l’eau potable est généralement satisfaisante », affirme Maodo Malick Youm, chef du Service régional de l’Hydraulique et de l’Assainissement de Kaffrine. Selon ses services, « le taux d’accès amélioré à l’eau potable est de 96 % ».

Depuis 2014, plusieurs dizaines de systèmes d’approvisionnement ont été réalisés à travers des projets et programmes comme « le PUDC, financé par le Fonds saoudien » ou encore le PSEA, contribuant à améliorer significativement les conditions de vie des populations rurales. Mais cette moyenne régionale masque des disparités territoriales persistantes. L'eau reste un luxe pour certains. À Kahi, Segré, Keur Mbouki, Lour Escale, Diokoul Mbelbouck, Birkelane, Ida Mouride, Pété, Niahène, Sam Ngueyenne ou Douba, des localités de la zone, l’accès à l’eau potable demeure problématique. «Ces difficultés sont liées à des problèmes d’exploitation de plusieurs forages, à l’électrification insuffisante, au manque de carburant pour les groupes électrogènes et à la vétusté des équipements d’exhaure », explique Maoudo Malick Youm. Il souligne également « la faible capacité de production de certains forages et la pression exercée par le maraîchage dans certaines zones ».

Forages en panne, moyens limités

Les pannes les plus récurrentes concernent « les pompes, les groupes électrogènes, les colonnes de refoulement ou encore les défauts d’intensité électrique ». Face à ces situations, « le service régional de l’hydraulique mobilise ses équipes d’intervention pour les forages gérés par les ASUFOR, et apporte un appui technique pour ceux gérés par le fermier FLEX Eau». Mais les moyens manquent. «Nos équipements d’intervention sont dans un état très défectueux», reconnaît le chef de service, qui plaide pour «un renforcement des ressources humaines, financières et une dotation en équipements adaptés, notamment un camion-grue, un véhicule de terrain, un compresseur et du matériel de diagnostic».

FLEX Eau : assurer la continuité malgré des réseaux à bout de souffle

Depuis la réforme de l’hydraulique rurale de 2019, environ 90 % des forages en milieu rural sont gérés par le délégataire FLEX Eau. «La délégation de service public repose sur un contrat d’affermage de dix ans, démarré en 2019», rappelle Abdou Aziz Diagne, responsable exploitation de FLEX Eau à Kaffrine. «Aujourd’hui, environ 207 forages sont gérés dans le département ». Il précise que « l’État s’était engagé à remettre à niveau les équipements électromécaniques avant le début de l’exploitation, ce qui n’a malheureusement pas été fait ». Face à cela, « FLEX Eau a investi sur fonds propres en stockant des centaines de pompes, permettant de résoudre les pannes en 24 à 48 heures ».

Cependant, le problème majeur reste le réseau. « Entre 40 et 50 % de l’eau produite est perdue à cause de la vétusté des conduites », alerte-t-il. « Cela provoque des baisses de pression, des coupures et même des risques de contamination de l’eau ». 

Assainissement : le grand retard de Kaffrine

Si l’eau potable progresse, l’assainissement accuse un retard inquiétant. Kaffrine fait partie des trois régions du Sénégal où « le taux d’accès aux toilettes améliorées en milieu rural est inférieur à 30 %». Les chiffres évoquent 25,12 % en milieu rural et 41,38 % en milieu urbain. «La région ne dispose, à ce jour, d’aucun système d’assainissement des eaux usées », déplore Maoudo Malick Youm. Les installations se limitent à «des fosses TCM, des toilettes ventilées ou traditionnelles, sans réseau d’égout».

Autre problème préoccupant : «l’absence de station fonctionnelle de traitement des boues de vidange et de sites réglementaires de dépotage». Les camions de vidange « déversent encore leurs chargements dans la nature », exposant les populations à de graves risques sanitaires. Selon les données, chaque hivernage, des quartiers comme Diamaguène, la Cité Millionnaire, Kaffrine 2 ou Keur Mboucki sont régulièrement inondés. Un système de pompage de « 2 000 m³ par heure » et « quatre bassins de rétention » existent, mais restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.

Entre 2023 et 2025, « 17 édicules publics ont été réalisés » dans des écoles, mosquées, daaras et stades, notamment dans les communes de Kahi, Ndiognick, Segré et Diamal. La société civile, à travers les organisations de défense des consommateurs, suit de près la gestion de l’eau potable dans la région de Kaffrine. Pour le coordonnateur régional de SOS Consommateurs Dame Seck, la question de l’eau dépasse la simple disponibilité des forages. « FLEX Eau doit améliorer la quantité et la qualité de l’eau, mais aussi assurer une bonne gestion du service », affirme-t-il.

Selon lui, malgré les efforts consentis, «de nombreuses plaintes continuent de remonter des populations, notamment sur les baisses de pression, les coupures répétées et parfois la qualité de l’eau distribuée». Il estime que l’accès à l’eau potable « ne doit pas seulement se mesurer en taux de couverture, mais aussi en continuité du service, en qualité sanitaire de l’eau et en transparence dans la gestion». Pour SOS Consommateurs, «les usagers ont droit à une eau potable suffisante, saine et accessible, conformément aux textes et aux engagements de l’État».

Le coordonnateur régional appelle ainsi à « un dialogue permanent entre le délégataire, les services techniques de l’État, les collectivités territoriales et les représentants des consommateurs », afin de « prévenir les tensions et renforcer la confiance des populations ». Il insiste également sur la nécessité de « mieux informer les usagers sur les contraintes techniques, les programmes d’investissement et les mécanismes de réclamation », soulignant que « la bonne gouvernance de l’eau passe aussi par l’écoute et le respect des consommateurs ».

À Kahi, le problème n’est pas tant l’absence d’eau que sa qualité. Dans cette localité, plusieurs habitants affirment disposer d’eau au robinet, mais refusent de la consommer. « À Kahi, certes l’eau est disponible, mais la qualité fait défaut. L’eau est imbuvable. Nous sommes obligés de nous tourner vers d’autres alternatives », témoigne un habitant rencontré sur place, El Hadji Diané. Selon lui, l’eau distribuée présente « une couleur et un goût inhabituels », suscitant méfiance et inquiétude au sein des ménages. « On ne peut pas donner cette eau aux enfants. Pour boire, on achète de l’eau ou on va la chercher ailleurs », ajoute-t-il.

Cette situation contraint de nombreuses familles à multiplier les stratégies : achat d’eau chez des vendeurs, recours aux puits traditionnels ou approvisionnement au niveau des villages voisins. Une charge supplémentaire, notamment pour les femmes, déjà en première ligne dans la gestion de l’eau au quotidien. À Kaffrine, les inondations restent une réalité douloureuse pour de nombreux habitants, malgré les efforts consentis en matière d’assainissement.

« Les inondations sont toujours d’actualité, même si nous reconnaissons les efforts d’assainissement à travers les travaux de drainage des eaux pluviales et les bassins de rétention », témoigne El Hadji, habitant du quartier Diamaguène Centre, dans la commune de Kaffrine. À chaque hivernage, l’angoisse refait surface. « Quand il pleut, nous ne dormons pas assez. Toute la nuit, on surveille le niveau de l’eau, de peur qu’elle n’envahisse les maisons », confie-t-il. Selon les habitants, les ouvrages existants, bien que utiles, restent insuffisants face à l’intensité des pluies. 

« Il suffit de quelques heures de forte pluie pour que certaines concessions soient inondées », explique El Hadji, appelant à un renforcement du dispositif et à une meilleure anticipation. Dans les quartiers populaires comme dans les villages reculés, l’hygiène reste l’un des maillons les plus fragiles de la chaîne de santé publique. Pour le capitaine Ousmane Ndionne, chef du Service régional d’hygiène de Kaffrine, «la situation globale de l’hygiène reste préoccupante et présente encore des défis majeurs». Il insiste sur le fait que « l’hygiène ne se limite pas à la seule couverture sanitaire, mais elle est fortement liée à l’éducation et à la sensibilisation des populations ». 

Sur le terrain, les difficultés sont visibles. « Le faible nombre de latrines, la mauvaise gestion des déchets et l’insuffisance des infrastructures d’assainissement favorisent la persistance des maladies», explique-t-il. Dans certaines localités, l’absence de services de base expose directement les populations aux risques sanitaires. Les conséquences sont lourdes, surtout pour les plus vulnérables. « Les maladies diarrhéiques, les infections parasitaires et les maladies hydriques liées à l’eau contaminée sont les plus fréquentes », souligne le chef du service d’hygiène. « Elles touchent particulièrement les enfants, avec des risques de malnutrition et de retard de croissance chez les moins de cinq ans ». 

Face à cette situation, le service d’hygiène multiplie les actions : sensibilisation sur les bonnes pratiques, promotion de l’utilisation correcte des latrines, lutte antivectorielle, contrôle de la qualité de l’eau potable, sécurité sanitaire des aliments, mais aussi des causeries communautaires, des visites à domicile et des formations en Assainissement Total, Piloté par la Communauté (ATPC). Cependant, les moyens restent limités. « La collaboration avec les autres acteurs existe, mais elle reste insuffisante », regrette le capitaine Ndionne. Il plaide pour « un renforcement des moyens humains, matériels et financiers afin de permettre au service de se concentrer pleinement sur ses missions essentielles ».

Déchets solides : la SONAGED entre appui technique et responsabilité citoyenne

Dans les rues de Kaffrine, le changement est perceptible. Balayage plus régulier, collecte mieux organisée, présence accrue d’équipes sur le terrain. Pour Moussa Ba, délégué régional de la SONAGED, ces avancées sont le fruit d’un effort collectif, mais encore fragile. «La gestion des déchets est une compétence transférée aux collectivités territoriales, et c’est une mission lourde », rappelle-t-il. « Elle nécessite une forte coordination entre les acteurs, car les attentes sont nombreuses et les moyens parfois limités ». Dans ce cadre, la SONAGED intervient principalement en appui aux communes. « Nos actions portent essentiellement sur le balayage et la collecte des déchets », explique Moussa Ba. Les équipes sont aujourd’hui structurées à l’échelle départementale et communale, avec des responsables locaux, des superviseurs et des agents opérationnels déployés sur le terrain. Il salue l’engagement de certaines collectivités, notamment la commune de Kaffrine. « Le maire a investi dans du matériel et pris en charge des coûts comme le carburant et la maintenance. C’est un exemple à suivre », estime-t-il, appelant les autres communes à s’impliquer davantage. Mais pour le délégué régional de la SONAGED, la clé du succès reste ailleurs. « L’acteur principal de la réussite de la gestion des déchets, c’est la population », insiste-t-il. « Aucun dispositif ne peut fonctionner sans l’adhésion des citoyens ». Même si des progrès sont notés, les défis persistent, notamment les dépôts sauvages dans certains espaces non clôturés. « Cela demande à la fois plus de sensibilisation et une implication plus forte des autorités compétentes », souligne-t-il. Pour Moussa Ba, la gestion des déchets ne doit plus être perçue comme une contrainte secondaire. « Les mairies doivent s’approprier pleinement cette mission, car il s’agit avant tout du bien-être et de la santé des populations ».

À Kaffrine, les populations continuent de s’adapter, souvent au prix de lourds sacrifices. Les projets annoncés – transfert d’eau depuis Malem Hodar, réhabilitation des réseaux, stations de traitement des boues – suscitent de l’espoir. Mais sur le terrain, une attente domine : que l’eau, l’assainissement et l’hygiène cessent d’être des promesses lointaines pour devenir une réalité quotidienne, vécue dans la dignité.

Auteur: Mor KA
Publié le: Samedi 31 Janvier 2026

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