Ne concernant de manière apparente que l'homme et la femme, le mariage est quelque chose de beaucoup plus compliqué dans notre société. Elle est un contrat entre deux familles. Ce qui en fait un espace où le groupe agit de façon omniprésente. Qu'ils le veuillent ou non, les deux conjoints se voient obligés de faire avec toute une kyrielle de contraintes et d'attentes. Et l'une des premières exigences et des plus fortes de la famille des conjoints, c'est d'avoir un enfant. Un moment de bonheur tant attendu par toute la famille. Plus les deux conjoints le font vite, mieux ils rassurent toute la famille et soulagent surtout celle de la femme. Parce que même si les causes de l'impossibilité d'avoir un enfant peuvent provenir aussi bien de la femme que de l'homme, c'est généralement la femme qui est pointée du doigt face à un tel cas de figure. Une situation qui lui cause toutes sortes de souffrances. En plus de la douleur de rester sans enfant, elle se voit contrainte de faire avec un manque de respect, de considération, un mépris voire une marginalisation de sa belle famille. D'où son obsession à vaincre ce mal.
Au niveau du service de protection maternelle et infantile (Pmi) de la Médina, la stérilité figure en bonne place parmi les sujets de préoccupations qui y amènent les femmes.
Mme Diop: «Mes belles soeurs me font des coups bas. Elles ont même demandé à mon mari d'épouser une seconde femme»
La vingtaine, Mme Diop est de cette catégorie. Assise dans la salle d'attente, sachet de médicaments en main, le regard perdu dans des pensées, elle accepte de partager son calvaire. «Je me suis mariée il y a juste cinq ans et jusqu'à présent je n'ai pas eu d'enfant. C'est pourquoi je me suis dit qu'il vaut mieux venir me consulter et suivre un traitement». La paix, elle ne l'a connaît plus avec sa belle famille, parce que l'enfant tant désirée tarde à venir. «Je commence à avoir des problèmes avec ma belle famille. Ma belle mère est très compliquée. Tous les jours, elle me demande d'aller voir des marabouts. Car, elle pense que c'est à cause des «rab» (mauvais esprits)». Poursuivant avec émotion, elle soutient: «mes belles soeurs aussi me font des coups bas». Comme si elle était la principale responsable de l'impossibilité du couple d'avoir un enfant, elle raconte: «quand je me plains d'être fatiguée à cause des travaux domestiques, elles me jettent à la figure que si j'avais eu des enfants, je le serais moins». Selon Mme Diop, «elles ont même demandé à mon mari d'épouser une seconde femme. Parce qu'il est aîné de sa famille». Désespérée et résolue à s'extirper de cette situation objet de tous ses malheurs, elle confie: «j'ai consulté plusieurs tradipraticiens. Mais, il n'y a pas eu de changements. À ce moment, je tente la médecine moderne. Parce que la femme n'est pas considérée si elle n'a pas d'enfant». Des confidences qu'ont refusé de faire les autres femmes vivant pareilles situations. Un tour au marché de Castor a permis de croiser parmi les nombreuses femmes, une autre concernée ayant acceptée de s'ouvrir à nous.
«J'ai fait plus de dix ans de mariage sans avoir d'enfant, j'ai vécu toute sorte de maltraitance de la part de ma belle famille»
Elle s'appelle Adja Guèye. C'est une vendeuse de poisson frais. Devant son étal, elle confie: «j'ai fait plus de dix ans de mariage sans avoir d'enfant. Et j'ai vécu toute sorte de maltraitance de la part de ma belle famille. Elle me traite de tous les noms à cause de ma stérilité». Même si elle dit tenir le coup, elle avoue : «je passe tout mon temps à pleurer et à prier Dieu. Je ne suis pas respectée». Elle n'est pas seule dans sa souffrance. «Mon mari me soutient», indique-t-elle. Elle poursuit: «mon mari n'a pas les moyens. Quand il a sollicité ses frères pour mes soins médicaux, ils lui ont dit qu'il vaut mieux que je reste sans enfant comme il n'a pas de boulot»dit-elle. En bon croyant, elle explique: «je rends grâce à Dieu. Je vends des poissons pour aider mon mari. Et je continue à consulter des tradipraticiens. J'espère un jour avoir des enfants pour être en paix avec ma belle famille».
M. Diop: «je suis l’aîné de ma famille mais le moins respecté. Parce ma femme ne peut pas avoir d'enfant»
Son mari qui l'aide aussi dans la vente a préféré garder l'anonymat. Toutefois, il confie: «je suis l’aîné de ma famille mais le moins respecté. Parce ma femme ne peut pas avoir d'enfant. Et je n'ai pas les moyens pour la soigner comme il le faut. C'est une situation difficile». Le manque d'enfant ne le dérange aucunement car dit-il: «c'est la volonté divine. Je soutiens ma femme. Je ne compte pas prendre une autre femme. Je n'ai même pas les moyens. On continue à consulter les tradipraticiens».
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