Transaction de devises qui tourne mal : Le commerçant Matar Mboup condamné
Une affaire d’abus de confiance portant sur 83 millions de FCFA a été jugée ce mercredi au tribunal des flagrants délits de Dakar. Le dossier incrimine le commerçant Matar Mboup, arrêté à la suite d’une plainte déposée par Fatou Wade Fall, gestionnaire de compte spécialisée dans les opérations d’achat et de vente de devises.
Selon l’enquête menée par la Section de recherches, la plaignante reproche à Matar Mboup d’avoir conservé indûment la somme de 83 063 108 FCFA, représentant le reliquat d’une importante opération financière portant sur des transactions en dollars américains.
L’enquête révèle que les deux parties avaient noué une relation d’affaires au début de l’année 2026. Après un premier test concluant sur une transaction de 10 000 dollars américains, Fatou Wade Fall avait transféré, le 1er juin 2026, une première somme de 50 millions de FCFA à Matar Mboup afin qu’il procède à l’achat et au transfert de devises. L’opération s’était déroulée sans difficulté.
Forte de cette première expérience réussie, elle lui a ensuite confié une seconde opération beaucoup plus importante. Le 2 juin 2026, un montant de 281,5 millions de FCFA, correspondant à l’acquisition de 500 000 dollars américains, a été versé sur le compte communiqué par ce dernier.
Mais selon la plaignante, le transfert des devises n’a été exécuté que partiellement. Matar Mboup n’aurait transféré que 353 442 dollars, soit l’équivalent de 198 436 892 FCFA, laissant un reliquat de 83 063 108 FCFA non restitué malgré plusieurs relances.
Entendu, Matar Mboup a reconnu les faits. Il a déclaré exercer des activités commerciales liées notamment au paiement de fournisseurs, au transport de marchandises et aux transactions en cryptomonnaies. Il a admis avoir reçu les 281,5 millions de FCFA et reconnu devoir à la plaignante la somme de 83 063 108 FCFA.
Le mis en cause a toutefois indiqué avoir déjà remboursé l’équivalent de 198 436 892 FCFA sous forme de devises et expliqué que des difficultés survenues dans ses opérations l’avaient empêché d’honorer intégralement ses engagements. Il a proposé un premier versement de 5 millions de FCFA et sollicité un délai afin de régler le solde après un déplacement en Chine, où il affirme disposer d’activités commerciales.
Les investigations menées par les gendarmes ont permis d’établir qu’une partie des fonds reçus avait été utilisée pour régler les créances d’autres clients.
À la barre, Matar Mboup a versé à la partie civile la somme de 5 millions de FCFA.
Les avocats de la partie civile, Mes Youssou Guèye et Alphonse Faye, ont estimé que l’infraction d’abus de confiance était constituée. Ils ont réclamé la somme de 100 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts.
Dans ses observations, le procureur de la République a estimé qu’au-delà de l’abus de confiance, les faits pouvaient également être qualifiés d’escroquerie. Le représentant du ministère public a requis une peine d’un an d’emprisonnement, dont six mois ferme.
La défense, assurée par Mes Baba Diop et Dionewar Soumaré, a plaidé l’application des dispositions de l’article 457 du Code des obligations civiles et commerciales, soutenant qu’il s’agissait d’une faute civile et non d’une infraction pénale. Les avocats ont ainsi demandé au tribunal d’écarter la qualification d’abus de confiance.
Rendant son délibéré, le tribunal a finalement retenu la thèse de la faute civile prévue à l’article 457. Matar Mboup a été condamné à verser à la partie civile la somme de 80 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts.
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