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Administration sénégalaise : Macodou Sène plaide pour une réforme fondée sur la rationalité, la transparence et l’adaptation

Auteur: Yande Diop

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Administration sénégalaise : Macodou Sène plaide pour une réforme fondée sur la rationalité, la transparence et l’adaptation

Invité de l’émission "Jury du dimanche", Macodou Sène a livré une lecture approfondie du fonctionnement de l’administration sénégalaise, de ses mutations et des défis auxquels elle fait face. Ancien élève de l’ancienne École nationale d’administration et de magistrature, promotion 1987, le maire de Niakhar a retracé les fondements de l’administration d’État, ses mécanismes de fonctionnement, mais aussi les évolutions imposées par les nouvelles exigences de gouvernance. Selon lui, l’administration sénégalaise repose sur deux grandes composantes : l’administration centrale et l’administration déconcentrée. La première regroupe les ministères, la présidence de la République et les services à vocation nationale. La seconde correspond aux démembrements territoriaux de l’État dans les régions, départements et arrondissements.

 « L’administration, c’est à la fois un ensemble de structures et une activité destinée à satisfaire l’intérêt général », a-t-il expliqué, insistant sur le fait que toute compréhension de l’appareil administratif passe nécessairement par la maîtrise des textes qui l’organisent, de la Constitution jusqu’aux arrêtés et circulaires.

L’harmonisation administrative engagée depuis 2017

Macodou Sène est revenu sur les réformes engagées en février 2017 pour harmoniser le fonctionnement des ministères. Il rappelle qu’un décret a fixé des structures administratives identiques dans tous les départements ministériels, mettant fin aux disparités organisationnelles qui existaient auparavant. Cette réforme s’est également traduite par la généralisation des postes de secrétaires généraux dans les ministères. Une évolution qu’il juge importante pour renforcer la cohérence administrative et améliorer la coordination des services de l’État. 

 Au niveau territorial, il a rappelé que l’organisation actuelle repose largement sur la réforme de 1972 qui structure le pays en régions, départements et arrondissements autour des gouverneurs, préfets et sous-préfets.

Gouvernance et administration : deux notions complémentaires

Face à l’omniprésence du terme « gouvernance » dans le débat public, l’administrateur civil estime qu’il ne s’agit nullement d’un remplacement de l’administration classique, mais plutôt d’un prolongement stratégique. Pour lui, la gouvernance renvoie à la définition des orientations politiques et stratégiques, tandis que l’administration demeure l’outil opérationnel chargé de mettre en œuvre les politiques publiques. « L’administration est le bras séculier de l’État », a-t-il résumé. Ainsi, les deux notions sont complémentaires : l’une définit les politiques, l’autre les applique sur le terrain.

Une administration qui continue de susciter des vocations

Contrairement à certaines idées reçues, Macodou Sène estime que l’administration sénégalaise continue d’attirer massivement les jeunes diplômés. Il en veut pour preuve l’engouement autour des concours administratifs. « Pour une centaine de places, vous avez des milliers de candidats », souligne-t-il, estimant que la rareté de l’emploi renforce encore davantage l’intérêt pour les carrières administratives. 

Il reconnaît toutefois que le contexte a profondément changé. Sous les présidences de Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, certaines fonctions étaient presque exclusivement réservées aux administrateurs civils issus de l’ENA. Aujourd’hui, avec l’émergence de nouveaux corps professionnels, les postes stratégiques font l’objet d’une compétition beaucoup plus large.

Décentralisation et déconcentration : « Les deux jambes de l’État. »

Dans un effort pédagogique, l’invité du "Jury du dimanche" a longuement expliqué la différence entre déconcentration et décentralisation, deux notions souvent confondues dans le débat public. La déconcentration consiste, selon lui, à déléguer des pouvoirs à des représentants de l’État soumis à une hiérarchie administrative, comme les gouverneurs, préfets ou sous-préfets. La décentralisation, en revanche, repose sur le transfert de compétences à des collectivités territoriales autonomes, notamment les communes et départements. « L’État a deux jambes : la déconcentration et la décentralisation » a-t-il illustré, précisant que ces deux mécanismes permettent à l’État de fonctionner efficacement sur l’ensemble du territoire national. Il rappelle cependant que la décentralisation ne signifie pas indépendance totale des collectivités locales, puisque l’État conserve un droit de contrôle à travers le mécanisme du contrôle de légalité.

Transparence, concertation et exigence citoyenne

Pour Macodou Sène, l’administration moderne ne peut plus fonctionner selon les méthodes d’autrefois. Les responsables publics sont désormais contraints à davantage de concertation avec les populations, mais aussi à une obligation accrue de transparence. « Aujourd’hui, il faut informer les citoyens, recueillir leurs avis et rendre compte », insiste-t-il. Mais cette exigence doit également, selon lui, s’appliquer aux citoyens eux-mêmes. Le maire de Niakhar pointe notamment les contradictions de certains administrés qui réclament davantage de services publics sans toujours s’acquitter de leurs obligations fiscales.

La polémique sur la préséance des préfets

Revenant sur une polémique ayant opposé récemment des députés à une préfète lors d’une cérémonie officielle, Macodou Sène a invoqué le décret du 19 mars 1999 relatif à la préséance dans les cérémonies officielles. Selon lui, dans son département, le préfet dispose effectivement de la préséance sur les députés. Il estime néanmoins que la situation relevait avant tout d’une question de « courtoisie républicaine ». 

« Dans une République, il y a des règles protocolaires et des comportements de respect mutuel qui doivent prévaloir », a-t-il déclaré, appelant à préserver la sérénité des institutions et le respect des textes qui encadrent le fonctionnement de l’État.

Auteur: Yande Diop
Publié le: Dimanche 17 Mai 2026

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