«J’ai tout ce qu’il faut pour être garde des Sceaux !». Telle était la première réaction de Me Malick Sall, fraîchement annoncé à la tête du département judiciaire, le 8 avril dernier. Cet avocat d’affaires, successeur d’Ismaïla Madior Fall, avait pour priorité de «lutter contre les longues détentions préventives» et de réconcilier la justice et les justiciables afin de changer la perception - à tort ou à raison - d’une justice aux ordres de l’Exécutif.
Cependant, entre les intentions et les actions, la balance semble perdre son équilibre. Depuis son installation, son engagement politique à «100 % auprès de Macky Sall» semble prendre le dessus sur l’équité et la retenue qu’incombent ses charges de garde des Sceaux. Il est plus occupé à traquer les pourfendeurs de Macky Sall et sa famille sur la toile qu’à réfléchir, par exemple, sur les voies et moyens à entreprendre pour une réduction de la population carcérale.
Affaire Adama Gaye
Ses sorties, pour beaucoup, ont toujours un soubassement politique. Et le président du mouvement Macky pour tous, tous pour Macky ne s’en cache pas ! «Dans cette affaire dite d’Adama Gaye, j’assume toute ma responsabilité», déclare sans sourciller Me Malick Sall qui a lui-même activé le procureur pour l’arrestation du journaliste-activiste.
Il argumente : «Je ne peux, personnellement, en tant que garde des Sceaux, voir un individu, par ses écrits, ses déclarations, passer son temps à insulter celui qui incarne l’institution la plus sérieuse, la plus en vue de notre Etat : le président de la République. J’assume toute ma responsabilité.»
Affaire Aliou Sall
Sa démarche était la même, à l’éclatement du scandale pétro-gazier qui éclabousse le frère du président, Aliou Sall. Ne se limitant pas à porter sa robe d’avocat, le temps d’une prière de Korité, pour défendre «un musulman comme Aliou Sall, revenant de La Mecque pour la Oumra», le garde des Sceaux décide d’ouvrir une information judiciaire non pas pour faire jaillir la lumière sur les conditions dans lesquelles le contrat a été attribué à Timis, mais sur la fuite du rapport de l’Ige.
Dans ce sillage, l’appel à témoin lancé par le procureur de la République se poursuit depuis plus d’un mois sans pour autant apporter les réponses attendues.
Echanges houleux avec les députés de l’opposition
La coloration politique du ministre de la Justice a été très remarquée, lors du vote de la réforme constitutionnelle de suppression du poste de Premier ministre, au mois de mai dernier. Il faut dire que pour une prise de contact, les premiers échanges entre Me Malick Sall et les députés ont été électriques. Beaucoup de parlementaires de l’opposition ont décrié son temps de parole marqué par des attaques personnelles.
«Il y a quatre ou cinq catégories d’intervention. Il y a des intervenants qui n’ont pas lu le projet mis à leur appréciation ; délibérément ou soit parce qu’ils ne savent pas lire. Il y a un autre groupe qui est constitué des victimes du 24 février 2019, qui n’ont pas encore digéré leur rancœur. En tant que garde des Sceaux, je ne peux rien pour eux. Ou tout au plus leur dire ‘’massa’’», lance-t-il aux députés de l’opposition. Il ajoute, revenant à la charge : «Nous sommes dans un pays où, apparemment, dans certains cercles, l’amnésie est devenue une vertu. J’ai été étonné d’entendre parler ceux qui sont aujourd’hui derrière les rédacteurs du protocole de Rebeuss, d’indécence républicaine. Ils devaient être les derniers à soulever ce genre de débat à l’Assemblée nationale.»
Commentaires (0)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté :
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.