Diomaye / Sonko: Crise confirmée au Sommet?
La politique a horreur du vide, mais elle a encore plus horreur de l'ambiguïté.
La récente sortie du président de la République, rappelant avec une solennité presque glaciale que son Premier ministre est un « citoyen nommé » et, par définition, révocable, marque un tournant que seuls les aveugles ne sauraient voir.
Au-delà d’être un rappel de droit constitutionnel ; c'est un changement de ton qui résonne comme un coup de tonnerre sous les lambris dorés du Palais.
Le Sénégal a vécu une alternance historique au soir du 24 mars 2024 résultant d’une alchimie entre deux destins que le peuple a liés par un vote massif. Ousmane Sonko est, dans l’esprit des Sénégalais, plus qu’un simple collaborateur administratif que l'on évalue à la fin du trimestre. Il est le concepteur du « Projet », l’âme d’une lutte de plusieurs années qui incarne une espérance sociale. Le qualifier de « citoyen nommé », bien que juridiquement exact, occulte la dimension symbolique d’un homme qui a tout sacrifié pour rendre cette élection possible.
La République n’aime pas le flou, et le Palais encore moins le partage. L’autorité du Chef de l’État est la clé de voûte de nos institutions. Personne ne saurait la contester sans affaiblir la République.
Cependant, la force de cette autorité grandit lorsqu’elle reconnaît ses fondations. Vouloir normaliser la fonction du Premier ministre au point de la rendre banale, c’est risquer de diluer l’élan vital qui a porté ce régime au pouvoir. On ne traite pas le "père de la victoire" comme un simple fusible.
Le ton a changé. Le Président fixe désormais une ligne et reprend la main. Il rappelle qui décide et qui exécute. C'est une affirmation de souveraineté présidentielle qui sonne la fin de l'état de grâce pour le binôme historique. La « performance » devient l'étalon de mesure, évacuant la fraternité de combat au profit de la froideur managériale.
Le traiter comme un simple agent de l’administration, c’est fragiliser le courant électrique qui alimente le moteur du changement.
La Constitution donne le pouvoir, mais l’histoire, un allié d’exception.
Le duo est terminé. Le Président reprend la main.
La République gagne à être forte, mais elle gagne aussi à être reconnaissante envers ses bâtisseurs. Respecter la place de celui qui a ouvert la voie n’est pas un signe de faiblesse, c’est une marque de sagesse républicaine. Il est temps de refermer la parenthèse des rappels techniques pour rouvrir celle de la co-construction fraternelle, car c’est là que réside la véritable force de votre mandat.
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