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Mamadou Diouma Diallo (expert com) : La communication du gouvernement est "bancale et peu réfléchie’’

Auteur: Habibatou Traoré

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Le gouvernement s’est illustré par une communication peu réfléchie au sujet du scandale sur le pétrole révélé par BBC. C’est du moins la conviction de l’expert en communication, Mamadou Diouma Diallo. Selon lui, non seulement le Président Macky Sall a trop tôt pris la parole, mais surtout, ce n’était ni le lieu, ni le moment pour aborder la question.  

Est-ce que le gouvernement du Sénégal a bien communiqué sur l’affaire BBC qui incrimine le frère du chef de l’Etat, Aliou Sall ?

Pour le moment, c’est une communication bancale et peu réfléchie qui nous est servie. Il y a beaucoup de choses à dire sur la stratégie adoptée pour communiquer autour de cette affaire. D’abord le fait d’organiser deux conférences de presse en l’espace de 48h alors qu’il n’y avait aucune nouvelle donne dans cette affaire est révélateur d’une absence de sérénité.

A cela, il faut ajouter les maladresses du ministre de la Justice qui, clairement dans ses déclarations, a pris fait et cause pour Aliou Sall alors qu’on attendait de lui une posture plus en symétrie avec l’institution qu’il incarne de par sa fonction.

La conférence de presse de la nouvelle porte-parole du gouvernement constitue également un point aveugle de la stratégie que nous avons du mal à comprendre et contribue également à accréditer la thèse d’un pilotage à vue.

Exposer la porte-parole du gouvernement, qui n’a pas le verbe facile, pour lire une « déclaration » devant les médias et de surcroit un jour de fête me semble vraiment peu pertinent.

Quand on convoque des journalistes, c’est pour faire des déclarations fortes, sinon on se contente d’un communiqué de presse…le temps d’avoir plus de lisibilité et de visibilité sur les événements.

Comment doit-on gérer la communication dans de telles situations ?

C’est toujours difficile de dire comment il aurait fallu faire surtout quand on parle de crise qui, par définition, ne donne pas toutes les cartes en mains pour une maîtrise complète de la situation.

Ce qu’il faut dire d’emblée, c’est qu’en de pareilles circonstances, il faut dire la vérité, l’avoir comme credo mais aussi savoir qu’on n’est pas obligé de dire toute la vérité.

Sur l’approche, il est important d’organiser « la riposte » de manière graduelle sur un supposé scandale naissant avec des enjeux aussi importants. Et surtout ne pas envoyer de signaux qui pourraient laisser croire que l’on est déstabilisé ou gagné par la panique : il faut de la sérénité et beaucoup de sérénité.

Répondre de manière systématique à toutes les allégations et se laisser entrainer dans l’emballement médiatique est le meilleur moyen d’alimenter la crise alors que ce que l’on cherche, quand cette dernière survient, c’est de la circonscrire dans un premier temps pour ensuite la neutraliser.

Le silence est une forme d’éloquence que nos hommes politiques ont du mal à intégrer dans leur stratégie de com. Pour avoir le contrôle de la situation, il est aussi important de cadrer et d’encadrer les prises de parole pour ne pas générer de la cacophonie ou alimenter la sérénade médiatique autour de l’affaire.

Le choix du moment opportun, du bon tempo de la communication est aussi crucial pour espérer garder le contrôle de la situation.

Plusieurs membres du gouvernement sont montés au front après la prière de la Korité pour rejeter les accusations de BBC. Est-ce que le timing est bien choisi ?

Clairement, non ! A commencer par le président de la République qui s’est prononcé sur la question dans une grande mosquée, un jour de fête, de pardon et de communion. Ce n’était ni le lieu, ni le moment pour parler de cette affaire.

Et ce qu’il faut dire et redire, c’est que dans une communication de crise, le Président doit toujours être le dernier à prendre la parole, parce que si la prise de parole du Président n’entraine pas l’effet escompté, il sera difficile de changer la donne.

On risque d’avoir une communication politiquement très colorée autour de cette affaire dans la mesure où on aura du mal à faire le distingo entre la communication du gouvernement et la communication d’une personnalité politique, membre de l’APR impliquée dans des affaires de corruption avec la particularité d’être le frère du Président ayant signé le décret en cause.

Avec ces multiples sorties, peut-on parler de frayeur au sommet de l’Etat comme disent certains ?

Je ne sais pas si on peut parler de frayeur au sommet de l’Etat, mais incontestablement des difficultés à imposer les termes du débat, à orienter le jugement des Sénégalais et à dicter la temporalité des événements.

Auteur: Habibatou Traoré
Publié le: Jeudi 06 Juin 2019

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