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Simon : « Wade veut transformer le pays en monarchie»

Auteur: via Politicosn

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Abdoulaye Wade, président du Sénégal depuis avril 2000, essaye d’introniser son fils Karim à la tête du pays. Un projet de loi a été déposé en juin dernier à l’Assemblée nationale, permettant à un candidat de remporter l’élection présidentielle avec moins de 25% des suffrages. Le collectif Y’en a marre, un mouvement de protestation mené par des rappeurs de la scène hip-hop dakaroise, a contraint Wade à abandonner son plan. 

- Que s’est-il réellement passé le 23 juin dernier, lors de votre rassemblement ? 

Un leader politique du nom de cheikh Bamba Dieye a protesté à l’Assemblée nationale contre le projet de loi édicté par Wade. Il s’agissait du 17e amendement depuis son arrivée au pouvoir en 2000. Le projet consiste à réduire à 25% le minimum de suffrages à rassembler pour remporter la présidentielle. C’était clair, Wade voulait préparer son fils Karim au poste de Président. Le lendemain, l’opposition, la société civile et les candidats indépendants se sont donné rendez-vous au théâtre Daniel Brottier pour signer une pétition contre ce projet de loi qui allait entraîner le pays dans une nouvelle ère de dictature. Toutefois, les membres du collectif Y’en a marre ont été catégoriques : il faut descendre dans la rue pour réagir et non pas se rassembler dans les salles. Malheureusement, on ne nous a pas suivis. Nous avons donc organisé un sit-in sur la place de l’Indépendance, pour protester pacifiquement. La police nous a interpellés à coups de matraque, un exercice dans lequel elle excelle ; 5 d’entre nous ont été arrêtés (Fou Malade, Thiate, Crazy Cool, Karim Xrum Xax et Cap 2 Seuss). Par la suite, une vive altercation s’est déclenchée entre les forces de l’ordre et nous. Dans la soirée, nous avons lancé un mot d’ordre, à savoir que tous les membres du collectif Y’en a marre devraient rejoindre l’Assemblée pour protester de nouveau contre le projet de loi. Arrivés sur les lieux, nous avons trouvé des partisans de Wade. Ils ont commencé à jeter des pierres sur nous. 

Après les provocations de Fabra Senghor, un poulain du président, tout a dégénéré. En même temps, les forces de l’ordre nous matraquaient. Malheureusement pour eux et heureusement pour nous, les trois chaînes de télévision retransmettaient en direct l’agression. Les Dakarois, conscients de l’enjeu et du sacrifice nécessaire pour bloquer Wade dans ses tentatives dictatoriales, ont décidé de sortir. C’est à ce moment-là que l’émeute a éclaté. Les Sénégalais avaient finalement trouvé l’occasion de crier haut et fort leur mécontentement. 

Le lendemain, grâce à notre mobilisation, l’Assemblée nationale a arrêté le processus de vote et le projet de loi a été retiré. 

La jeunesse sénégalaise descendra de nouveau dans la rue pour dire non à la candidature de Wade. Tant que le président n’écoutera pas le peuple, la contestation se radicalisera. On peut dire que nous avons enregistré une première victoire. 

- Comment comptez-vous changer les choses à votre niveau ? 

Abdoulaye Wade est âgé de 85 ans. Il voulait amender l’article 33 de la Constitution. Candidat à sa propre succession en 2012, il pense que s’il ne parvenait pas à être président, son fils Karim lui succéderait. Ce dernier est déjà à la tête de quatre départements ministériels. Les Sénégalais ne supportent plus les dérives du pouvoir actuel. Le président Abdoulaye Wade veut transformer le pays en monarchie. C’est une insulte envers la démocratie qui commençait à se mettre en place au Sénégal. 

Wade était aimé, à ses débuts, car il incarnait l’espoir. Mais ces derniers mois, avec ses tentatives de vouloir changer la Constitution à sa convenance, le peuple est désormais déçu. Le peuple sénégalais ne veut plus du Président. Nous allons mettre fin au règne de Wade d’une manière démocratique. Depuis que notre mouvement est né, nous encourageons les citoyens à s’inscrire sur les listes électorales pour élire un nouveau Président. 

Pour les prochaines échéances électorales, nous avons déjà un slogan : «Dass fananal». C’est en wolof, une langue commune à tous les Sénégalais. Cette phrase veut dire «ma carte est mon arme». Cette carte qui a élu Wade sera la même qui mettra fin à son régime criminel et corrompu. Il est vrai que notre mouvement a su insuffler un élan de révolte. Mais les choses commençaient à bouillir déjà de l’intérieur du pays. On savait que tôt ou tard, les choses allaient exploser dans la rue. Les coupures d’électricité duraient plus de trois jours dans certains quartiers. Les prix des produits alimentaires ont augmenté. Les Sénégalais ont compris qu’il faut mettre fin au régime de Wade pour que les choses changent. Il faut investir la rue pour réagir. 

- Comment avez-vous constitué le collectif Y’en a marre ? 

Nous étions au départ deux rappeurs, trois journalistes et un membre d’une école maraboutique. Le collectif a vu le jour en janvier 2011, lors d’une discussion autour d’un thé. Les sujets étaient divers, mais concernaient directement le pays, de la situation politique chaotique aux coupures d’électricité. Nous avons eu l’idée de créer le collectif Y’en a marre pour porter les revendications sociales sur la scène publique. Plus tard, le mouvement s’est consolidé avec l’adhésion de tous les rappeurs, de plusieurs cadres, d’étudiants, d’avocats ou de simples citoyens. Nous sommes peut-être le noyau dur de Y’en a marre, mais il y a aussi des intellectuels. Dans ce collectif, les rappeurs sont les plus en vue car nous sommes connus dans le pays, pour ne pas dire célèbres. 

Nos chansons sont populaires au Sénégal et cela fait que nous sommes les plus visibles lors des mouvements de contestation. Le rap est d’ailleurs un style né de la révolte et les jeunes Sénégalais s’y identifient. 

El Watan 

Auteur: via Politicosn
Publié le: Dimanche 07 Août 2011

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