Le ministre de l'Industrie a profité de la tribune qui lui a été offerte ce matin au Grand Théâtre pour s'adresser aux chercheurs dans le domaine de la pharmacie. C'était à l'occasion de la 38e Assemblée générale annuelle et de la conférence scientifique du Collège des pharmaciens ouest-africain (WAPCP, en anglais), prévues du 20 au 24 avril 2026 à Dakar, à l'initiative de la faculté de médecine de l'UCAD. Venu présider, avec son collègue de la Santé, la cérémonie d'ouverture de cette activité, qui se tient pour la première fois en Afrique de l'Ouest francophone, Serigne Guèye Diop a invité les universitaires à appuyer l'État du Sénégal dans sa quête de souveraineté pharmaceutique.
« Je voulais que votre conférence puisse aussi commencer à réfléchir sur les besoins de l'Afrique dans dix ans en matière d'investissement industriel. Comment peut-on faire pour partir de 5 % aujourd'hui de production de nos besoins à 80 %, comme l'a fait l'Algérie, voire 90 % ? Je pense que c'est aussi cela le défi des universitaires. Le rôle des chercheurs, des universitaires, n'est-il pas aussi de réfléchir, aux côtés des politiques, à des solutions techniques, scientifiques, financières, à la recherche ? », s'est-il interrogé.
Aujourd'hui, le Sénégal importe plus de 80 % de ses besoins. Or, souligne le doyen de la faculté de médecine, Pr Bara Ndiaye, venu représenter le recteur de l'UCAD, cette importation expose la population « à des ruptures d'approvisionnement, à des coûts élevés et parfois à des produits de qualité douteuse ». Ce qui lui fait dire que la redynamisation de la production pharmaceutique locale n'est pas une option, mais une nécessité stratégique.
Pendant la pandémie de Covid-19, Serigne Guèye Diop dit avoir été envoyé aux États-Unis par le gouvernement du Sénégal à la recherche de vaccins. On lui a fait comprendre qu'il était prévu de donner 100 000 doses à Dakar, mais, vu l'évolution de la situation, il n'était plus possible de lui accorder une seule dose. Aujourd'hui encore, dit-il, avec la Zone de libre-échange économique, le Sénégal pourrait passer d'une dépendance vers le Nord à une dépendance vers le Sud, avec des importations venues d'Algérie, d'Afrique du Sud, du Nigeria ou du Kenya.
Tirant les leçons du passé et pour éviter le déplacement de la dépendance, le Sénégal ambitionne de produire 50 % de ses besoins. Et les universitaires doivent y jouer un grand rôle. « Je pense que ce que vous devez faire, en tant que médecins, scientifiques, mais également en tant que pharmaciens, c'est de conseiller les gouvernements sur la meilleure façon d'avoir des génériques. »
Pour réaliser cet objectif de 50 % des besoins, le gouvernement a mis en place trois zones industrielles : une à Diamniadio, une autre à Diass, avec 700 hectares, et une dernière à Touba, avec 200 ha. « Nous voulons non seulement accueillir des chimistes pour produire des médicaments, mais nous voulons aussi accueillir des personnes qui produisent des appareils de mesure, des appareils d'analyse, des appareils de laboratoire, afin d'encourager la recherche et le développement. »
Il soutient d'ailleurs que le gouvernement souhaite mettre beaucoup plus d'argent dans la recherche pharmaceutique. Car, admet-il, il est inconcevable de se fixer de telles ambitions et de n'allouer que 0,5 % du budget à la recherche. L'objectif étant de renforcer et de mettre à niveau les formations en pharmacie.
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