Terrains vendus sur WhatsApp : comment un courtier aveugle servait d'appât
Le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye a condamné G. Niang, un courtier, à une peine de deux ans d'emprisonnement, dont six mois ferme, pour complicité d'escroquerie. Dans son compte rendu de l'audience à laquelle il a assisté, L'Observateur rapporte que le prévenu a été relaxé du chef d'association de malfaiteurs, mais que sa responsabilité pénale dans cette affaire d'escroquerie foncière a été pleinement retenue. Son complice présumé, un certain Imam M. Cissé, demeure introuvable.
Niang exerçait une activité de courtage depuis son domicile à Guédiawaye. À la barre, les témoignages des victimes ont mis en lumière son mode opératoire : il publiait régulièrement sur ses statuts WhatsApp des annonces proposant des terrains à Lac Rose, Keur Massar et Tivaouane Peul. Selon les plaignants, malgré sa déficience visuelle, le courtier jouait un rôle central et particulièrement actif. Une fois les clients ferrés par ses publications, il gérait habilement les contacts, orchestrait les visites de sites à l'aide de guides, rassurait les acheteurs sur la régularité des documents administratifs et les orientait vers son complice présumé pour finaliser les transactions. Les victimes ont toutes été catégoriques devant les juges : son handicap visuel ne l'empêchait en rien de maîtriser parfaitement la gestion des affaires et du réseau.
Devant les magistrats, le défilé des victimes a révélé l'ampleur du préjudice financier. Le plaignant I. Ndao a expliqué avoir remis 2,75 millions à Imam M. Cissé, en présence de Niang, après la visite d'une parcelle à Keur Massar. La mutation promise n'a jamais été effectuée et il a découvert par la suite que le terrain appartenait déjà à un autre acquéreur.
De même, avance le quotidien du Groupe futurs médias, le couple Nd. B. Ndiaye, séduit par les publications WhatsApp du courtier, a versé un total de 3,5 millions pour des documents qui se sont révélés faux. Enfin, Nd. B. Sylla, qui fréquentait le même dahira religieux que G. Niang depuis près de vingt ans, a raconté s'être fait flouer de 3 millions pour une parcelle à Tivaouane Peul dont les papiers étaient supposés « en cours de régularisation ».
Pour sa défense, Niang a soutenu à la barre être lui-même une victime d'Imam M. Cissé. Il a affirmé lui avoir acheté deux parcelles pour 3,5 millions sans jamais en obtenir la propriété, précisant avoir déposé plainte contre lui plusieurs mois avant les autres victimes. Ses avocats ont tenté de s'appuyer sur sa vulnérabilité physique pour plaider la bonne foi, affirmant qu'il n'était qu'un intermédiaire abusé par un escroc notoire. Le tribunal n'a toutefois suivi cette argumentation que pour le chef d'association de malfaiteurs. Reconnu coupable de complicité d'escroquerie, Niang devra verser, outre sa peine de prison ferme, 4 millions de dommages et intérêts à I. Ndao et 5 millions à Nd. B. Sylla. Les intérêts civils réclamés par le mari de Nd. B. Ndiaye ont été réservés.
Commentaires (1)
Participer à la Discussion
Règles de la communauté
💡 Astuce : Utilisez des emojis depuis votre téléphone ou le module emoji ci-dessous. Cliquez sur GIF pour ajouter un GIF animé. Collez un lien X/Twitter, TikTok ou Instagram pour l'afficher automatiquement.
Se connecter
Commentez avec votre profil, votre photo, et soyez averti des réponses.