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Bassin aquifère sénégalo-mauritanien : les États riverains consolident un mécanisme de gestion concertée

Auteur: Moustapha TOUMBOU et Oumar PENE

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Bassin aquifère sénégalo-mauritanien : les États riverains consolident un mécanisme de gestion concertée

À Dakar, un processus engagé depuis plusieurs années entre quatre États d’Afrique de l’Ouest (après la demande d’adhésion récente de la Mauritanie) atteint une phase déterminante autour d’une ressource invisible, mais stratégique. Les 28 et 29 janvier 2026, les acteurs institutionnels du Bassin aquifère sénégalo-mauritanien (BASM) se retrouvent dans la capitale sénégalaise pour examiner et valider un projet d’accord régional consacré à la gestion concertée de cette nappe transfrontalière partagée par le Sénégal, la Mauritanie, la Gambie et la Guinée-Bissau.

Ce rendez-vous régional entre dans le cadre d’un long dialogue politique et technique initié en 2019, structuré à partir de 2020 par la mise en place d’un Groupe de travail régional. Ce cadre réunit les quatre États concernés, avec l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Gambie (OMVG) associées, avec pour mandat de promouvoir la coopération transfrontière et de préparer un mécanisme durable de gouvernance du bassin. Le processus bénéficie de l’appui du Secrétariat de la Convention des Nations Unies sur l’eau, ainsi que de partenaires internationaux, dont la Banque mondiale, le Geneva Water Hub et l’Observatoire du Sahara et du Sahel.

L’atelier régional de Dakar entre, donc, en droite ligne dans la continuité des consultations nationales menées en 2025 dans chacun des pays riverains. Ces rencontres ont permis de recueillir les contributions des administrations, des experts et des parties prenantes nationales sur un avant-projet d’accord élaboré lors de la deuxième phase du dialogue régional. Le texte, déjà présenté aux ministres en charge de l’eau et accueilli favorablement lors de la dixième Réunion des Parties à la Convention sur l’eau, fait désormais l’objet d’un examen approfondi en vue d’une validation politique.

À l’ouverture des travaux, ce mercredi 28 janvier, le secrétaire général du ministère sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Baboucar Mboundor Ngom, a replacé les enjeux du bassin dans un cadre global marqué par de fortes pressions sur la ressource. Il a rappelé que « dans un contexte marqué par la croissance de la population mondiale, par l’urbanisation croissante, mais également par le changement climatique et l’évolution des habitudes alimentaires, la demande en eau devrait augmenter considérablement dans les années à venir ». Cette dynamique, selon lui, modifie la nature même de la gestion de l’eau partagée.

Le responsable a précisé que la gouvernance des eaux transfrontalières dépasse désormais le seul cadre technique. Le représentant du ministre de l’eau et de l’assainissement à cette rencontre a indiqué que « la gouvernance des eaux transfrontalières n’est plus technique seulement. Elle est éminemment politique et touche à la souveraineté des États, à la sécurité humaine, à la stabilité sociale et au développement économique de nos États ». À ses yeux, le bassin aquifère sénégalo-mauritanien illustre cette réalité, en tant que réserve stratégique souterraine essentielle pour l’alimentation en eau potable et pour le développement économique des territoires concernés.

Revenant sur les étapes franchies, Baboucar Mboundor Ngom a rappelé que les premières évaluations liées à l’objectif de développement durable 6.5.2, réalisées en 2017, avaient mis en évidence la nécessité d’une coopération renforcée entre les pays partageant cette nappe. Il a évoqué le lancement du dialogue régional en février 2019, la création du Groupe de travail régional en avril 2020, puis l’adoption d’une vision commune et d’une déclaration ministérielle en septembre 2021. À ces jalons s’ajoutent, selon lui, la signature en 2023 d’un protocole entre l’OMVS et l’OMVG et l’élaboration, l’année suivante, d’un avant-projet d’accord transmis aux États pour engager un processus de négociation officiel.

« L’atelier régional qui s’ouvre aujourd’hui marque donc une étape décisive, celle où nos États confirment au plus haut niveau leur volonté de préserver l’intérêt collectif et des générations présentes, mais aussi futures », a déclaré le secrétaire général. Il a insisté sur la portée politique de la démarche, évoquant « un signal politique fort, celui d’une Afrique de l’Ouest capable d’anticiper les risques liés à l’eau, de prévenir les tensions potentielles et de transformer une ressource partagée en un levier d’intégration régionale ».

Au nom de la Commission économique pour l’Europe des Nations Unies, qui assure le secrétariat de la Convention sur l’eau, Francesca Bernardini, cheffe de la section coopération transfrontière, a salué le chemin parcouru depuis le lancement du dialogue. Elle a rappelé que le Secrétariat de la Convention accompagne le processus depuis ses débuts et a mis en avant l’engagement politique des quatre pays. Elle a déclaré que ceux-ci ont fait preuve « d’un leadership politique très fort, d’une vision stratégique sur les besoins du bassin et sur son futur », vision qui a permis de définir un projet commun qui couvre l’ensemble des dimensions de la gestion durable.

Selon elle, le texte soumis à validation repose sur une approche globale intégrant la gestion des connaissances, la protection de la ressource, le cadre institutionnel et légal, l’inclusivité des populations et l’accès au financement. Cette vision holistique répond, a-t-elle expliqué, aux besoins d’une population en croissance et aux exigences liées à l’agriculture, à l’adaptation climatique et au développement industriel. Elle a également mis en exergue le rôle joué par les réunions ministérielles, qui ont fixé une orientation claire autour d’un accord légal destiné à offrir une base durable à la coopération.

Francesca Bernardini est revenue sur la qualité du travail préparatoire réalisé aux niveaux national et régional. Elle a évoqué des analyses approfondies et des échanges entre les acteurs des quatre pays ayant abouti à un texte qu’elle a qualifié de « solide » sur les plans technique, juridique et politique. Elle a relevé que de nombreux besoins identifiés se rejoignent, ce qui renforce, selon elle, la pertinence d’un cadre commun pour l’avenir du bassin.

Cette rencontre a, aussi, été l’occasion de mettre un coup de projecteur sur les partenaires techniques et financiers. La responsable onusienne a cité la Banque mondiale, le Fonds pour l’environnement mondial, la coopération italienne et l’Union européenne, estimant que leur mobilisation répond à l’existence de priorités claires et d’une plateforme de coopération crédible. Elle a précisé que l’accord en discussion constitue aussi « une forte base de prévisibilité pour l’engagement et le soutien de la communauté internationale », élément jugé déterminant pour les investissements à long terme dans le bassin.

Au nom de la Banque mondiale, Fatouma Touré Ibrahima, directrice sectorielle de l’eau pour l’Afrique de l’Ouest, a replacé les discussions dans un cadre mondial où la coopération sur les aquifères transfrontaliers reste rare. Elle a rappelé que, sur plusieurs centaines d’aquifères identifiés dans le monde, seuls quelques-uns font l’objet d’accords formels. Dans ce contexte, le processus engagé autour du BASM représente, selon elle, une opportunité majeure pour la région.

La représentante de l’institution financière a indiqué que la Banque mondiale considère ce dialogue comme un exemple de la manière dont la coopération sur les eaux souterraines peut contribuer à la sécurité hydrique, à la résilience climatique et à la stabilité régionale. Elle a réaffirmé l’engagement de l’institution de Bretton Woods à soutenir le processus au-delà de la signature de l’accord, y compris lors des phases de mise en œuvre et d’opérationnalisation. Elle a insisté sur l’importance des contributions financières des États, même modestes, qui peuvent, selon elle, jouer « un rôle catalytique » en facilitant la mobilisation de ressources additionnelles.

Poursuivant, elle a évoqué les travaux menés avec d’autres partenaires pour rapprocher l’agenda de la coopération et celui des ressources financières, non sans préciser la nécessité de lier le dialogue politique à des solutions concrètes. Elle a également mentionné le développement d’un programme sous-régional axé sur le développement, la résilience et la valorisation efficace des eaux, dans lequel les eaux transfrontalières occupent une place importante.

Pour l’Union européenne, partenaire clé du processus, l’atelier de Dakar intervient à un moment charnière. Jean-Marc Pisani, ambassadeur et chef de la délégation de l’Union européenne au Sénégal, a estimé que la région se trouve « à un moment décisif pour la coopération hydrodiplomatique en Afrique de l’Ouest ». Il a rappelé que le bassin aquifère constitue le socle de vie de plusieurs millions de personnes et assure une part prépondérante des besoins en eau souterraine des quatre pays.

Pour le diplomate européen, la gestion durable de cette ressource représente une condition essentielle de la résilience climatique et de la stabilité régionale. Il a salué les avancées politiques réalisées depuis la déclaration ministérielle de 2021 jusqu’aux engagements plus récents pris dans le cadre de la Convention sur l’eau. Selon lui, l’atelier de validation constitue « la dernière étape cruciale avant la soumission de l’accord pour adoption », avec l’objectif affiché de finaliser le texte avant une prochaine conférence internationale consacrée à l’eau.

Jean-Marc Pisani a également mis en avant le rôle de l’OMVS et de l’OMVG, qu’il a présentées comme des références en matière de gestion des eaux de surface. Il a expliqué que leur association au dialogue sur les eaux souterraines dès les premières étapes a permis de bâtir une synergie entre surface et sous-sol, considérée comme un facteur clé de la future gouvernance du bassin. Il a annoncé le lancement récent du Programme de gestion intégrée des ressources en eau du fleuve Sénégal (PROGIRESS), financé par l’Union européenne et la coopération italienne, présenté comme le bras opérationnel destiné à traduire les principes de l’accord en bénéfices concrets pour les populations.

Auteur: Moustapha TOUMBOU et Oumar PENE
Publié le: Jeudi 29 Janvier 2026

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