"On ne doit pas les payer..." : Les recommandations radicales de Ndongo Samba Sylla sur l'affaire de la dette cachée
Ideas Africa a officiellement lancé, ce mardi, les travaux de sa conférence internationale sur la crise de la dette sénégalaise. Une rencontre qui a réuni, autour de la problématique, hommes de science, décideurs publics, universitaires de tous horizons, entre autres. L’Economiste Ndongo Samba Sylla, qui exposé sur le thème, a dégagé plusieurs recommandations, articulées autour d’aspects légaux, institutionnels et économiques.
Gèle des services de ces dettes cachées
“Sur l'aspect légal et institutionnel, des investigations approfondies sont nécessaires pour situer les responsabilités”, estime l’économiste. Pour lui, l’Etat du Sénégal doit demander à ce qu’une enquête interne doit diligentée par le conseil d'administration du FMI sur “le comportement du FMI vis-à-vis de ce qui s'est passé entre 2011 et 2023”. M. Sylla recommande aussi des investigations côté sénégalais, notamment via un audit citoyen de la dette, pour savoir “ce qui est arrivé”.
Quant à la question du remboursement, l’économiste s’est voulu clair : “Ces dettes cachées on ne doit pas les payer. On doit geler leur service, le temps d'y voir plus clair”, dit-il. Pour lui, il faudra cependant s’évertuer à préserver la stabilité financière, puisque quand un État fait défaut dans sa propre monnaie, “cela peut affecter la stabilité des banques et les épargnants”. Et si jamais l'Etat décide d'honorer ces dettes, la banque centrale devrait faciliter pour que cela ne grève pas lourdement le budget.
Le système CFA-FMI, un piège de la dette
Sur le plan économique, M. Sylla signale que le système CFA-FMI est un mécanisme structurel d'endettement en monnaie étrangère. Il estime même qu’il s’agit d'un “piège de la dette”. L'économiste explique qu’aujourd’hui, le Sénégal n'a pas, pour le moment, un véritable contrôle sur le secteur des ressources naturelles qui est générateur de devises.
Pour lui donc, toute solution qui maintient ce cadre, ce système CFA-FMI, avec une souveraineté limitée sur les ressources et une absence de réformes du système de paiement, ne sera qu'un palliatif. “La pire des solutions, entre guillemets, serait l'austérité, parce que l'austérité revient à affaiblir l'économie et à privatiser les secteurs générateurs de devises au profit des multinationales et des investissements directs étrangers”, avertit-il.
“La France ne joue pas son rôle d'assureur…”
M. Sylla veut aussi, qu’il soit demandé à la France d'activer sa garantie. Car, il rappelle que ce pays s’est engagé, dans le cadre du CFA, pour qu’à chaque fois que la BCEAO n'a pas assez de devises, que le Trésor français lui en prête. Et en contrepartie, les pays de l’Uemoa sont tenus d’y déposer 50% de leurs réserves de change.
“Si nous n'avons pas de contraintes de devises, parce que le Trésor français nous fait cette facilité, mais pourquoi émettre des eurobonds ? Émettez des dettes en CFA, et s'il n'y a pas assez de dollars et d'euros, le Trésor français prête”, dit-il. Mais, si nos pays se mettent à émettre des eurobonds, c’est parce que la France ne joue pas son rôle d'assureur. “Il faut dire à la France de jouer son rôle d'assureur”, déclare-t-il.
L’Economiste conseille aussi les autorités sénégalaises à œuvrer à avoir un plus grand contrôle sur les ressources naturelles, de mettre en place une monnaie nationale émise par une banque centrale nationale, de réformer le système de paiement afin de mettre fin aux crises d'endettement extérieures, de mettre en place des banques publiques.
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