Calendar icon
Saturday 26 April, 2025
Weather icon
á Dakar
Close icon
Se connecter

[Entretien 1/2] Ngouda Fall Kane : “Le Sénégal était la plaque tournante de l’argent sale”

image

L’inspecteur général d’Etat (IGE) Ngouda Fall Kane poursuit son combat acharné contre le crime économique et financier à l’ACCA (l’alliance contre le crime organisé en Afrique) dont il est le président. Dans cette première partie de l'entretien qu’il a accordé à Seneweb, l’ancien président de la CENTIF (Cellule nationale de Traitement des Informations financières) a listé les bons et les mauvais points du Sénégal en matière de bonne gouvernance non sans faire des recommandations.Vous vous faites de plus en plus rare dans le débat politico-médiatique. Que devient l’inspecteur général d’État (IGE) et ancien président de la CENTIF et dans quoi s’active-t-il ?Je ne suis pas très rare. J’ai été récemment l’invité du Grand Oral de Rewmi Fm. Je préfère intervenir dans des débats où les Sénégalais peuvent en tirer quelque chose, pas les débats politiciens. Je préfère les débats qui peuvent aider les Sénégalais à mieux percevoir le fonctionnement de leur pays, à mieux connaître l’économie et le budget de leur pays, à mieux connaître les contraintes et difficultés auxquelles ils font face et comment les régler. C’est ce débat-là qui m’intéresse.Qu’est-ce qui vous indispose dans le débat que vous qualifiez de politicien ?Vous écoutez les gens à travers les plateaux de débat télévisuel…cela ne rapporte rien. J’ai dit une fois dans ma page Facebook que les journalistes et les grands intellectuels ont déserté les plateaux pour laisser la place à des non-spécialistes. On voit ce que cela donne ! On est en face d’une très mauvaise information. A la limite, c’est de la désinformation qui sont servies aux Sénégalais. Et cela est très grave. C’est pourquoi, je ne préfère pas me mettre dans cette situation.Qu’est devenue la CENTIF ? Depuis votre départ, on voit qu’elle n’est plus sous le feu des projecteurs. Qu’est-ce-qui explique cela ?Il y a plusieurs raisons. La première est que la CENTIF, quand je la présidais, évoluait déjà dans une période où le blanchiment d’argent et la corruption avaient atteint un niveau extrêmement élevé. A cette période-là, le Sénégal était la plaque tournante de l’argent sale. Il y a eu une évolution quand-même dans la lutte contre le blanchiment de capitaux, qu’on le veuille ou pas, même si elle est toujours très faible. Les banques sont plus regardantes, les professionnels assujettis le sont également. Il y a une évolution liée à une forte mobilisation de la CENTIF à l’époque dans le cadre de la sensibilisation et de la formation.Donc ce n’est plus la même chose…Bon ! La CENTIF continue à sensibiliser. Mais, comme je l’ai dit récemment, ces organismes doivent aujourd’hui être audités en termes organisationnels. C’est-à-dire, voir comment faire pour les rendre plus efficaces. Je le dis et je le défends. La CENTIF a été créée en 2005. Après dix-huit (18) ans d’existence, il est temps d’évaluer, de regarder si réellement ça ne coince pas quelque part en termes d’efficacité, d’efficience. Est-ce que réellement les professionnels assujettis à l’obligation de déclaration, jouent toujours le jeu ? Je crois qu’il est toujours bon de revoir le système. Ce n’est pas la CENTIF uniquement mais c’est le système qu’il faut revoir. A ce niveau, j’ai des propositions à faire. Même dans mon livre « Criminalité économique et financière », j’ai fait beaucoup de propositions allant dans le sens de l’amélioration des organismes dédiées à la lutte contre la criminalité économique et financière.En effet, vous avez publié en septembre 2021 le livre « Criminalité économique et financière en Afrique et moyens de lutte : l’exemple du Sénégal ». Que retenir de cet ouvrage ?Ce livre est et sera toujours d’actualité. C’est un document pédagogique. Cela permet aux gens de comprendre les enjeux et les défis de la lutte contre la criminalité économique et financière dont la corruption et les infractions qui lui sont connexes : le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme, le trafic de drogue etc. L’approche était pédagogique. Il y a également une approche par l’exemple.“Le Sénégal a amélioré le dispositif lutte contre la corruption et le blanchiment”Que faut-il retenir de l’exemple du Sénégal dans cette lutte africaine contre la criminalité économique et financière ?Au Sénégal, le problème persiste (il insiste). Donc, je crois que ce livre ne doit pas être perçu comme ce que Ngouda Fall Kane a fait. Mais chaque Sénégalais doit le lire. C’est un livre englobant, il y a énormément d'informations dedans : sur la pédagogie de lutte, sur les réformes qu’il faut faire pour rendre plus efficace le système de lutte contre la criminalité économique et financière. D’ailleurs dans une correspondance que le président de la République m’a adressée lorsque je lui ai dédicacé ce livre, malgré que je ne sois pas dans le même bord politique que lui, il me dit : « tous ceux qui interviennent dans le secteur doivent le lire et s’en approprier ».Parmi les efforts que le Sénégal a fait en termes de lutte contre la criminalité économique, que pouvez-vous citer ?Le président a créé l’OFNAC (l'Office national de lutte contre la fraude et la corruption) pour la lutte contre la corruption. Il a créé l’ONRAC (L'Office national de Recouvrement des Avoirs criminels) pour le recouvrement des biens criminels. Il a également amélioré du point de vue procédural le dispositif lutte contre la corruption, contre le blanchiment également. Il y a des modifications qui sont intervenues dans le code pénal et le code de procédure pénal pour allonger le délai de prescription de certaines infractions financières. Il est en passe aujourd’hui de mettre en place le parquet financier qui, à mon avis, sera une avancée mais cela nécessite une bonne formation des magistrats et des acteurs qui vont y jouer un rôle.“Je plaide pour la mise en place d’une Haute Autorité de la Bonne Gouvernance”Sous Macky Sall aussi les organes de contrôle semblent être dans une léthargie. En tant qu’ancien inspecteur général d’État, quelles réformes faudrait-il apporter pour qu’ils jouent pleinement leur rôle ?Ils ne sont pas en léthargie. Ils sont en train de faire leur travail mais je crois qu’il faut modifier leur mode de gouvernance. Faire de sorte que les organes de contrôle soient beaucoup plus indépendants. Que les organes de contrôle soient eux-mêmes à l’origine des contrôles qu’ils doivent mener. C’est extrêmement important !Moi, à ce propos, la proposition que je peux faire c’est la création d’une haute autorité de la bonne gouvernance où on aura l’IGE, l’OFNAC. Toutes les structures qui interviennent dans la bonne gouvernance auront leur ancrage au niveau de cette haute autorité de la bonne gouvernance. On va créer également au sein de cette autorité une commission chargée de l’examen et du suivi des déclarations de patrimoine parce que l’OFNAC ne peut pas tout faire en même temps.Faire des enquêtes administratives comme cela se doit en matière de corruption, ce n’est pas facile. Lutter contre la corruption est déjà une forte dose de sensibilisation. Je disais à un ancien président de l’OFNAC que la lutte contre la corruption c’est 80% de sensibilisation et 20% de travail de bureau. Il faut que les gens comprennent les enjeux et les défis de la corruption. Il faut que les gens comprennent ce que la corruption peut faire dans un pays.L’OFNAC, la CENTIF et toutes ces structures seront sous l’autorité de la Haute autorité de la bonne gouvernance.En attendant la création de cette structure, aujourd’hui ne faudrait-il pas qu’on sorte ces organes de contrôle de l’autorité du président de la République ?Il n’y a pas que le président de la République. La CENTIF est rattachée au ministère des finances. Mais la CENTIF a une autonomie qui lui permet de travailler. Elle a une démarche de travail qui la met beaucoup plus à l’aise par rapport aux autres, mais la CENTIF n’est pas un organe de contrôle. Mettre en place cette Haute Autorité de la Bonne Gouvernance peut régler énormément de problèmes. Il faut également lui assurer une parfaite autonomie. On verra pour son ancrage institutionnel, si ce sera la primature ou la présidence de la République.“Ce n'est pas parce que quelqu’un est cité dans un rapport de l’OFNAC qu’il est coupable”L’ancien procureur de la République est nommé à la tête de l’OFNAC. Par le passé, il y a eu des passes d’armes entre lui et l’ancienne présidente (Seynabou Ndiaye Diakhaté) qui fustigeait le fait que ce dernier rechignait à traiter les dizaines de dossiers qu’elle avait transmis au parquet. Quelle appréciation faites-vous de cette nomination ?L’OFNAC a une mission administrative d’enquête. Il ne peut pas qualifier une infraction. Le procureur est directeur des poursuites. C’est à lui d’apprécier. S’il dit ne pas être d'accord avec une enquête, il ne transmet pas. Il est dans son rôle. Il ne faut pas que les gens fassent des confusions. Ce n'est pas parce que quelqu’un est cité dans un rapport de l’OFNAC qu’il est coupable. Il y a une présomption d’innocence et ensuite c’est une enquête administrative. Il appartient à la justice d’ouvrir une enquête judiciaire.Comment avez-vous accueilli le rapport de la Cour des Comptes sur la gestion des fonds Forces Covid-19 qui a suscité un grand tollé ?C’est comme tous les autres rapports. Il y a des rapports qui sont-là et qui ont la même pertinence ou même beaucoup plus pertinents. Donc je ne vois pas de particularité à ce rapport. Ils ont regardé les sommes qui ont été allouées, somme à laquelle ils ont retranché les dépenses régulières qui ont été effectuées et ils ont dégagé un montant considéré comme des décaissements irréguliers. Et ils ont demandé l’ouverture d’information judiciaire. Il n’y a pas de nouveauté.Il n’y a pas de lenteur dans cette procédure judiciaire, selon vous ?Le temps de la justice, ce n'est pas le temps des autres. Maintenant les problèmes de lenteurs par rapport à ce genre de dossier seront réglés par la mise en place du parquet financier. N’oubliez pas que la Cour des comptes se prononce également sur les fautes de gestion pour lesquelles elle a compétence d’appréciation. Les fautes de gestion sont jugées auprès de la chambre criminelle de la Cour des comptes. La faute de gestion n’est pas identique aux détournements et autres.L’information judiciaire est large, il y a des enquêtes à faire. Si les faits sont avérés, il n’y a pas de problème. Dans ce dossier, les officiers de police judiciaire avaient convoqué les personnalités impliquées.
Auteur: Thiebeu NDIAYE
ESABAT banner

Comments

  • image
    Quel état !! il y a 1 an

    Citez moi un seul ministre ou dg de la mouvance présidentielle qui a été entendu par un juge pour même irrégularité de gestion ! Pendant 11ans zéro! Après 2024 il fera jour !!

  • image
    Anonyme il y a 1 an

    Blablablabla, toujours grand parleur, mais toujours petit faiseur. Et ces crimes continuent au plus bel, crescendo... 

  • image
    Anonyme il y a 1 an

    Blablablabla, toujours grand parleur, mais toujours petit faiseur. Et ces crimes continuent au plus bel, crescendo... 

  • image
    les vrais patriotes il y a 1 an

    le Sénégal a réalisé d'énormes progrès dans l'amélioration de son dispositif de lutte contre la corruption et le blanchiment d'argent. Grâce à des réformes audacieuses et à une volonté politique inébranlable, le pays a renforcé ses institutions pour faire face à ces problèmes cruciaux. Tout d'abord, des mesures législatives clés ont été mises en place pour criminaliser et punir sévèrement la corruption sous toutes ses formes. Des lois anti-corruption rigoureuses ont été adoptées, permettant une répression accrue contre les auteurs de ces actes répréhensibles, qu'ils soient issus du secteur public ou privé. Les procédures judiciaires ont été simplifiées et accélérées pour garantir une justice plus rapide et plus efficace. Nous devons feliciter le president macky sall

  • image
    karim§ il y a 1 an

    Le président macky sall est vraiment une aubaine pour l'Afrique il restera à jamais le leaser éclairé de l'Afrique. Je suis fier de l'avoir comme président

  • image
    le vrai peuple il y a 1 an

    le Sénégal a renforcé son cadre réglementaire pour lutter contre le blanchiment d'argent. Des mesures strictes ont été instaurées pour surveiller de près les transactions financières suspectes et pour prévenir toute utilisation abusive du système bancaire. Les institutions financières ont été impliquées activement dans ces efforts, en étant tenues de signaler toute activité suspecte aux autorités compétentes. En outre, le gouvernement sénégalais a également mis l'accent sur la sensibilisation et l'éducation du public sur les dangers de la corruption et du blanchiment d'argent. Des campagnes de sensibilisation ont été lancées à travers le pays pour informer les citoyens sur les conséquences néfastes de ces pratiques et pour encourager une participation active dans la dénonciation de tout acte répréhensible. merci monsieur le president macky sall pour touts les efforts consentis

  • image
    les vrais patriotes 1995 il y a 1 an

    Ces efforts conjugués ont permis de renforcer la transparence et l'intégrité au sein de la société sénégalaise. Les citoyens ont acquis une plus grande confiance dans les institutions publiques et privées, sachant que des mesures strictes sont en place pour combattre la corruption et le blanchiment d'argent. Les investisseurs étrangers ont également été rassurés par ces initiatives, faisant du Sénégal une destination plus attractive pour les investissements.

  • image
    il y a 1 an

    Mensonge sur mensonge, juste pour donner du contenu à des postes vides et dénués de sens. Nous serons toujours des pauvres et des pays sous perfusion des grandes puissances, des mendiants qui appliquent des politiques restrictives avec des fonctionnaires obtus. On chasse l'argent de nos pays quand les narco-dollars maintiennent l'économie des USA, les évasions fiscales renflouent l'économie de la Suisse, du Luxembourg, des îles Cayman, de la Réunion, de Dubaï, etc... Nos lois sont plus compliquées que celles de Monaco. Et les banques sont les premiers délateurs, ils vous accusent sans même comprendre d'où vient l'argent car le banquier sénégalais est un caissier qui ne comprend pas la finance internationale. Trop énervé par cet interview bidon !

  • image
    Chefdecanton il y a 1 an

    c'est vraiement ces genres de dèbats qu'on veut entendre. Je salue la qualité et la pertinence des réponses apportées à chaque question posée. Ces échanges intellectuels contribuent à la formation de l'opinion publique qui est le réceptacle de toutes sortes d'informations.   Monsieur Kane ce brillant cadre du Trésor a toujours été un ardent défenseur de la république et je l'exhorte à continuer dans ce sens pour inspirer la jeune génération. 

  • image
    il y a 1 an

    Pisser dans un tama et 221 : même chose 

  • image
    il y a 1 an

    Plus jamais un al pular à la tête de ce pays. En 11 ans de reigne 90 % des richesses de ce pays appartiennent aux al pular. Rien Macky Sall Alioune Sall Amadou ba et Farba Ngom détiennent 70% de nos milliards 

  • image
    Galsens il y a 1 an

    Vos théories là il faut aller faire ça eu france rien n est plus sale que l argent de la colonisation de l'esclavage qui a bâti l es grandes puissances.T a pas honte tu n oses même pas plaidé devant les toubabs la régulation des émigrés mais de leur argent sale V ous n êtes rien que des complexés d un système occidental.  

  • image
    il y a 1 an

    L'Afrique s'est liée les pieds et mains avec des orrganes comme la CENTIF. Oui, il faut lutter contre la corruption, le blanchissement, mais il faut aider à ouvrir les vannes pour que les flux financiers soient facilités. Je vis en Occident, dans leurs systèmes financiers, les occidentaux sont appuyés dans leurs transactions par leur propre état.  Pensez-vous que les francais ou autres belges qui s'installent à Saly ont des problèmes pour faire venir leur argent, au Senegal? Absolument, non! Essayez l'inverse, tentez d'aller investir ailleurs, on vous créera tous les ennuis du monde. L'Europe facilite les transactions en ne corrompant pas ses fonctionnaires. Ici, en Afrique, aucune facilité, au contraire des 'cadres' qui parlent à longueur de journée pour traquer les honnêtes citoyens qui paient leurs impôts mais qui ne peuvent pas faire déplacer leurs fortunes. Parfois même, c'est difficile de les faire venir. Allez savoir!

  • image
    il y a 1 an

    La CENTIF doit tout simplement être supprimée. C'est un FREIN à l'économie de notre pays. Les grandds pays d'europe ont des gens dans la finance qui couvre toutes les transactions des citoyens, pourvu que tu n'achètes pas des armes. L'état même t'aide, le fisc t'aide.  En France, j'ai fait une transaction durant laquelle, au moment d'être payé, le banquier m'a demandé oû je voulais recevoir mon argent. Lorsque j'ai parlé de craindre les foudres de l'état (France), le banquier en a rigolé pour finir par me dire que l'état ne fouille jamais leurs transactions! Dans notre pays, avec plus de 4 millions de francs de mouvements, vous êtes signalés ou presque. C'est insensé Et les gens de CENTIF occupent télé, radios et même écrivent des livres pour dire tout simplement...que personne ne bouge. Restons pauvres! C'est cela, en fait.  Comment l'europe s'est construite, avec des quartiers ou des villes riches, c'est parce que tant que tu n'as de milices armées, le reste, tout le monde te laisse faire des opérations financières et personne ne touche à ton argent.  La richesse des européens dorment dans leurs comptes bancaires. Chez nous, tout fait tellement peur que tu finis par avoir un coffre à la maison. Et comme disait un précédent forumiste, il y a pas pire que le banquier sénégalais. Ils ne savent que gérer des revenus de marchands de poissons ou de foins qui ont des comptes. Lorsque tu as des millions à faire bouger, tu finis d'avoir presque honte...d"être fortuné!

Participer à la Discussion