Entre refuge et contrainte : le rôle ambivalent de l’économie informelle
Dans de nombreux pays africains, l’économie informelle joue un rôle central d’absorption de la main-d’œuvre en l’absence d’emplois formels suffisants. Elle permet à une large part de la population active de générer des revenus immédiats et d’amortir les chocs économiques, en particulier lors des ralentissements conjoncturels ou des crises sociales. Cette fonction de refuge explique sa persistance et son expansion, notamment en milieu urbain, où l’informalité devient un mode dominant d’insertion économique.
Cependant, cette capacité d’absorption s’accompagne de limites structurelles profondes. Les activités informelles se caractérisent par une faible productivité, une intensité capitalistique réduite et une forte vulnérabilité aux aléas économiques. Les revenus y sont instables et souvent insuffisants pour permettre l’accumulation de capital ou l’investissement à long terme. En conséquence, l’informalité assure une subsistance immédiate mais rarement une trajectoire d’amélioration durable des conditions de vie.
L’absence de protection sociale constitue une autre fragilité majeure. La majorité des travailleurs informels ne bénéficient ni d’assurance maladie, ni de couverture retraite, ni de mécanismes de protection contre les risques professionnels. Cette situation transfère implicitement le coût des chocs économiques et sanitaires vers les ménages eux-mêmes, renforçant leur exposition à la pauvreté en cas de maladie, d’accident ou de vieillesse. Le rôle de filet social de l’informalité apparaît alors incomplet et précaire.
Sur le plan macroéconomique, la prédominance de l’informalité réduit les capacités budgétaires de l’État. La faible contribution fiscale limite le financement des infrastructures, des services publics et des politiques sociales, tout en accentuant la dépendance aux ressources extérieures. Ce cercle contraint l’action publique et freine la modernisation de l’économie, puisque les investissements nécessaires à la montée en productivité restent insuffisants.
À long terme, l’économie informelle tend ainsi à figer la structure productive plutôt qu’à accompagner sa transformation. Si elle demeure indispensable comme mécanisme d’ajustement social, sa généralisation ne peut constituer un modèle de développement soutenable. L’enjeu pour les politiques publiques consiste à faciliter des passerelles progressives vers la formalisation, en améliorant l’environnement des entreprises, l’accès au financement et la protection sociale, afin que l’informalité cesse d’être un simple refuge et devienne une étape transitoire vers une économie plus inclusive et productive.
Commentaires (2)
Ce qui est grave c'est que à Saly, personne ne contrôle rien et chacun s'installe où il veut et fait ce qu'il veut.
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